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Nous voudrons parler pour nous-mêmes
14 septembre 2006
Poursuivant la discussion soulevée par un texte, publié dans La Presse, où je déplorais que le Québec soit sans voix sur la scène internationale, M. André Pratte, dans son éditorial du 21 août, a cru bon de faire remarquer que les Québécois sont « bel et bien présents au monde » puisqu'ils y sont représentés par le gouvernement fédéral, à l'élection duquel ils ont participé, et que plusieurs d'entre eux travaillent à l'élaboration de la politique étrangère du Canada.

Il est vrai que les Québécois sont actuellement représentés sur la scène internationale par le gouvernement fédéral. Mais il faut se rappeler qu'il n'en fut pas toujours ainsi. En effet, durant les soixante premières années de la Confédération, soit durant près de la moitié de son existence, ce n'est pas le gouvernement fédéral mais le gouvernement impérial de Londres qui nous représentait sur la scène mondiale. C'était un arrangement qui avait un très large appui chez les Canadiens de langue anglaise qui se voyaient alors beaucoup plus comme « British subjects » que « Canadian citizens ». Mais avec le temps et les exhortations de députés québécois comme Henri Bourassa et Armand Lavergne, le nationalisme canadien se développa et le Canada en vint à vouloir mener sa propre politique internationale, ce qui se réalisa finalement avec le Statut de Westminster de 1931.

Si je rappelle ces faits, c'est qu'une évolution semblable se passe actuellement au Québec. De plus en plus, les Québécois se rendent compte que, s'ils en avaient une politique étrangère qui leur soit propre, celle-ci serait, sur plusieurs points, différente de celle du Canada. Le cas de la crise libanaise en est un exemple frappant, mais il y en a d'autres : le désengagement envers le Protocole de Kyoto, le rôle offensif des forces armées en Afghanistan, l'opposition du Canada au projet onusien de Déclaration des droits des peuples autochtones. Et on peut prévoir que ces cas iront en se multipliant, surtout si le Canada persiste à enligner automatiquement sa position sur celle des Etats-Unis. À mon avis, en ce début du XXIe siècle, le Québec connaîtra, à l'égard d'Ottawa, la même évolution qu'a connue, au début du siècle dernier, le Canada à l'égard de Londres. Nous voudrons parler pour nous-mêmes.

Mais quelle force aura notre voix? André Pratte souligne à cet égard que la Slovaquie (5,4 millions d'habitants), souveraine depuis treize ans, a bien de la peine à se faire entendre dans le concert des nations et qu'elle a voulu se joindre à l'Union européenne parce que, écrit-il, « lorsque l'Europe parle, le monde ne peut faire autrement qu'écouter ». En tout respect, cela ne me semble pas convaincant. D'abord, si les prises de position slovaques ont ici peu d'écho, je parierais que, à l'inverse, il n'y a pas beaucoup de Slovaques qui aient jamais entendu parler de la position canadienne sur la crise libanaise, à moins que leurs journaux n'aient souligné que le Canada est l'un des seuls pays à avoir calqué sa position sur celle des USA. Ensuite, parce que, en matière de relations internationales, l'Europe ne parle pas. Au contraire, les pays membres de l'Union européenne ont tenu à garder en cette matière leur pleine souveraineté. Et c'est la France, et non l'Europe, qui est intervenue comme l'un des principaux promoteurs de la Résolution 1701 de l'ONU sur le Liban.

En réalité, il y a un rôle très positif à jouer pour les nations de la dimension du Québec, même dans la solution des grands problèmes internationaux. Aurait-on oublié, pour s'en tenir au Moyen Orient, que c'est la Norvège, un pays d'à peine 4,6 millions d'habitants qui s'est séparé pacifiquement de la Suède il y a cent ans, qui a été l'instigatrice ce qu'on appelle précisément les accords d'Oslo, l'un des efforts les plus méritoires pour rapprocher Israël et la Palestine ?

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Michel Lebel, 62 ans, Entrelacs
Date: 2006-09-14 à 7:40

Toujours la question d'identité. Qui fait partie du nous? Me définissant comme Canadien et Québécois, je ne vois pas le probème, mon nous ne se limitant pas au seul Québec.

Vote texte laisse aussi entendre que les Québécois auraient une voix unanime en matière de relations internationales. Voilà précisément le danger du nationalisme, i.e., voir tout par le biais de l'unanimisme. Ce qui est une fausse analyse. Les Québécois, comme les autres Canadiens, ont des vues différentes entre eux relativement aux questions internationales.

Sur la scène internationale, le Canada est une puissance tout à fait moyenne, qui pèse peu. À peu près comme l'Australie. Un Québec souverain pèserait encore moins que le Canada. C'est tout dire. Mais ceci ne me dérangerait pas, pas plus que le côté bien moyen de la puissance canadienne. Il n'y a pas que la puissance dans le monde. Heureusement

Patrick Lavallée, 40 ans, Montréal
Date: 2006-09-14 à 14:52

Je travaille avec plusieurs néo-Québécois qui sont extrêmement sensibles à cet argumentaire.

Je fais partie de ceux qui ont le souci d'oeuvrer quotidiennement à rapprocher des idéaux souverainistes ces gens venus d'un peu partout. Je suis confiant pour l'avenir de notre peuple et je le serais davantage si plus de Québécois de vieille souche se donnaient la peine de faire la même chose.

Parmi mes bons amis souverainistes, on trouve des Kurdes, des Colombiens, des Tunisiens, des Équatoriens, des Syriens...
... d'origine !

Tous heureux de vivre dans notre beau pays bleu.

Luc Bertrand, 45 ans, Pointe-aux-Trembles
Date: 2006-09-14 à 14:54

Vos exemples visant à démontrer l'influence réelle qu'un soi-disant "petit pays" comme un Québec souverain aurait dans le monde sont très pertinents. Et même si notre poids démographique était ainsi réduit (ce qui serait effectivement le cas en comptant 7,5 millions d'habitant(e)s au lieu de 31 millions sur plus de 6 milliards d'êtres humains sur la Terre), je préfère répondre des actions votées par les élu(e)s d'un Québec souverain que d'être lié aux décisions irresponsables prises récemment par le Canada "en notre nom", telles l'appui de l'offensive militaire israélienne au Liban, le désengagement envers le protocole de Kyoto, la fin du contrôle des armes à feu, l'investissement massif dans le matériel militaire, l'appui aveugle des politiques du "Feldmarschall" George W. Bush, etc.

Selon moi, aucune des fédérations existantes encore dans le monde ne sont formées de groupes linguistiques aussi hétérogènes et ayant tant de passé d'antagonisme que le cas du Québec dans le Canada. Les États-Unis sont unis par une langue commune et des États de force relativement égale. C'est à peu près la même chose pour l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni. Pour les autres présentant des différences linguistiques importantes (telles la Belgique, la Suisse ou la Chine), c'est l'équilibre dans la représentation démographique des régions au sein du gouvernement qui contribue à la cohésion du pays. Dans le cas du Canada, il y a concentration des deux principaux groupes linguistiques dans des régions bien distinctes, la population francophone localisée essentiellement au Québec, les anglophones dans le reste du territoire. De plus, l'histoire a amplement démontré que la population francophone hors du Québec a été grandement assimilée à la langue anglaise, de même que la très grande majorité des immigrant(e)s d'autres langues.

Il est également important de souligner que même les soi-disants représentants fédéraux "québécois" sur la scène internationale ont été choisis par des Premiers ministres élus pour leur fidélité aux intérêts de la majorité anglophone.

Charles Courtois, 34 ans, Montréal
Date: 2006-09-15 à 16:10

Je voudrais répondre à Michel Lebel.
En tout respect, je ne crois pas qu'il soit question d'unanimité.
Lorsque des pays comme l'Australie ou le Canada ont exigé d'obtenir leur liberté, c'est-à-dire la souveraineté, en matière de politique étrangère vis-à-vis Londres, la question n'avait rien à voir avec la présupposition de l'unanimité nationale.
Chaque peuple souverain et démocratique décide par ses élections de sa politique étrangère.
Tout simplement, une majorité de Québécois se reconnaîtra mieux dans une politique étrangère québécoise plutôt que canadian. Exactement comme les Canadians trouveraient anormal de nos jours d'être sous la tutelle des décisions britanniques, pays qui demeure pourtant très proche d'eux.

Maxime Lanthier, 22 ans, Vaudreuil-Dorion
Date: 2006-10-21 à 5:29

Effectivement, il est faux de dire que l'Europe parle d'une seule et même voix. Le plus bel exemple, les prises de positions françaises dans les différents conflits au Moyen Orient.

De plus, M. Lebel a raison de dire que l'unanimité n'est pas possible. Par contre, il ne fait pas de doute que la démocratie, dans une société pluraliste comme la notre, se chargera d'extraire les idées les plus consensuelles.

J'ajoute à cela une analyse très réaliste, réaliste au sens cadre théorique: Le Canada et le Québec sur plusieurs points divergent. Normal, tout est question d'intérêts par exemple, le Canada n'a pas intérêt à signer un Protocol comme Kyoto, si les sables bitumineux gonflent ses poches. À l'opposé, le Québec a intérêt à créer une expertise en énergie renouvelable. Se peut-il que notre société ait le goût d’aller à l’étranger développer ses énergies et faire profiter son expertise aux autres ?
Pour se faire, nous devons avoir eu les moyens de le faire et nous devons exister pour s’exprimer, entretenir des relations, chose qui actuellement fait défaut. Le Canada, par intérêt exploitera ses sables et cela est bien Normal, cependant au détriment d’un plein rendement dans les secteurs énergétiques du Québec. Cette analyse "réaliste" s'applique pour une quantité impressionnante de dossiers qui s'arriment désormais aux politiques internationales comme la culture, l'économie, participation à des guerres... Souvent, on a tendance à tomber dans un calcul facile de dire, nous sommes petits, notre voie ne sera pas entendue, voyons plus loin de cela.

De toute façon, nous nous ne ferons pas de cachette, c’est le Conseil de sécurité qui mène ! Pour ce qui est du reste, culture, économie, participation à des traités, c’est l’a que nous devons agir.

Donc, la souveraineté c'est d'abord exister sur la scène internationale et ensuite, il appartient de choisir. Pour ne pas utiliser le "on" ou le "nous", la représentation de nos consensus populaires, nos visions, nos intérêts n'existent tout simplement pas.



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