Les raisons d'un dialogue de sourds
06 juillet 2006
Dans un texte publié dans Le Devoir du 1er juillet 2006, M. Stéphane Dion énonce de façon concise sa pensée constitutionnelle sur les relations entre le Québec et le Canada. L'expérience canadienne, dit-il, est, à l'échelle du monde, un succès incontestable et il appartient à ceux qui veulent briser le Canada de faire la démonstration de raisons suffisantes pour justifier leur action. Or, ces raisons, selon lui, sont inexistantes : le fédéralisme canadien a, bien sûr, comme tous les autres pays, ses difficultés, mais elles sont en voie de se résoudre, comme elles l'ont toujours fait dans le passé. Les souverainistes qui veulent briser le Canada n'ont pas réussi à rencontrer le fardeau de la preuve.

En posant le problème de cette façon, M. Dion rend impossible tout dialogue fructueux avec les souverainistes, comme moi, dont les objectifs ne sont pas de briser le Canada ou de sortir du fédéralisme canadien mais plutôt de donner au Québec tous les moyens dont il a besoin pour assurer le plein épanouissement de la nation québécoise.

M. Dion raisonne comme si le Canada était antérieur au Québec, alors qu'au contraire c'est le Québec qui, près de trois fois plus vieux, a donné naissance au Canada. En 1867, les Québécois ont accepté la Confédération en bonne partie parce qu'elle leur permettait de récupérer le gouvernement québécois qu'ils avaient perdu à la suite des Rébellions de 1837 et du Rapport Durham. Et, malgré cela, cette acceptation fut loin d'être unanime et n'a jamais été soumise au peuple.

Par contre, le Québec, après quatre cents ans, est devenu, au sens sociologique du terme - ce qu'accepte M. Dion, une nation qui, depuis la Révolution tranquille, a décidé de se prendre en main et d'être maître chez elle. La souveraineté du Québec n'est que l'aboutissement de la Révolution tranquille et de la lente évolution du Québec depuis 1608.

Les « raisons » de cette souveraineté sont nombreuses et impératives. À l'heure actuelle, le Québec n'est pas libre de ses choix : il ne peut pas s'organiser comme il l'entend et de larges secteurs de responsabilité lui échappent. Il ne peut changer la forme monarchique et parlementaire de son gouvernement. Il ne peut procéder à une véritable décentralisation des pouvoirs envers ses régions. Il n'a pas autorité sur la nomination des juges des cours supérieures, ni sur le droit criminel, les banques et la monnaie, le transport aérien, maritime et ferroviaire, les pêches, la défense et la sécurité nationale. Ni sur les autochtones, le mariage et le divorce, l'assurance-chômage, les télécommunications, les brevets et le droit d'auteur. Son autorité en matière d'agriculture et d'immigration est subordonnée à celle d'Ottawa, tout comme c'est le cas en matière d'environnement ou de commerce. Et surtout, ses propres compétences ne sont pas à l'abri d'une intervention fédérale par l'utilisation soit de son pouvoir de légiférer pour des raisons d'urgence ou d'intérêt national, soit de son pouvoir illimité de dépenser même dans les domaines qui relèvent exclusivement des provinces, pouvoir qu'il ne se gêne pas d'employer de plus en plus fréquemment en profitant pleinement du déséquilibre fiscal qui l'avantage. D'autant plus que le Québec ne contrôle qu'environ la moitié de ses impôts et doit continuellement quémander pour avoir sa juste part du gâteau fédéral.

Enfin, et c'est de plus en pénalisant, le Québec est pratiquement absent de la scène internationale, où il ne peut presque jamais parler en son nom. Non seulement cela l'empêche de défendre directement ses intérêts, mais cela le coupe de sa responsabilité à l'égard de l'humanité. Le Québec souverain pourrait, à plusieurs égards, être un modèle pour le monde - un modèle différent de celui du Canada. Je n'en donne qu'un exemple que devrait bien comprendre M. Dion : l'Accord de Kyoto. Un Québec indépendant aurait pris ses propres engagements et serait pleinement en mesure de les rencontrer, ce qui aurait évité aux Québécois, en tant que citoyens du Canada, d'être dans la position inconfortable de ne pas remplir leurs engagements envers le reste du monde en raison de circonstances environnementales canadiennes qui n'ont rien à voir avec la réalité québécoise. Au lieu d'être un modèle, nous sommes une déception.

Le Québec n'a peut-être pas de bonnes raisons de briser le Canada, mais il a de fort bonnes raisons de vouloir devenir un pays.

Ce texte a été publié dans Le Devoir du 6 juillet 2006.

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Paulo Giguère, 61 ans, Blainville
Date: 2006-07-06 à 16:12

M. Bernard
J'ai un peu décroché depuis quelques temps pour des raisoms que je n'élaborerai pas maintenant. Mais voila que votre texte est venu me motiver. La bêtise étalée au grand jour a ateint son paroxisme avec les propos du triste M. Dion. Tant qu'il va y avoit un québécois, comme vous, qui va se tenir debout, je ne perdrai pas espoir. Merci Monsieur Bernard. Vous êtes la flamme qui tient ma ferveur allumée. Mais de grâce! Faites vite! Je ne veux pas mourir apatride...

, ans,
Date: 2006-07-06 à 20:38

Contrairement à plusieurs, je n'ai pas décroché, je dirais même je m'accroche à cette merveilleuse idée de la création du Pays-Québec.

Il y a plus de 40 ans, j'en rêvais pour mes enfants, j'en rêve maintenant pour mes petits-enfants. J'admire votre réponse à M. Dion, et j'espère vous voir personnellement en lice à la prochaine élection générale.

Nul autre que vous, Monsieur Bernard, n'a l'expérience nécessaire pour nous mener à bon port.

Jean-Paul Rouleau, 77 ans, Québec
Date: 2006-07-06 à 21:19

Bonjour M. Bernard,
J'ai rarement vu exprimé aussi succinctement et aussi complètement les raison fondamentales de faire l'indépendance du Québec, celles qui animaient les fondateurs de ce mouvement, en particulier René Lévesque.
Par contraste, on voit plus nettement ce qui sépare profondément les souverainistes des fédéralistes comme Stéphane Dion.
Il faudrait qu'aujourd'hui les porteurs de cette aspiration , en particulier le chef et les députés du Parti québécois, répètent, répètent et répètent inlassablement ces motifs dans leurs discours et leurs écrits plutôt que de mettre l'accent surtout sur les questions de politique provinciale immédiate, comme ils le font actuellement, à la recherche de votes faciles, aux convictions douteuses sur la souveraineté.
Votre dernier texte et la plupart de ceux qui l'ont précédé proposent des idéaux. C'est ce dont nous avons le plus besoin aujourd'hui, dans cette société à courte vue, dominée et mue d'abord et avant tout par l'économie, la finance, les affaires et le commerce. Merci de nous rappeler les origines, les sources et les fondements. Puissent les jeunes vous entendre et vous écouter !

BERTRAND LEMIRE, 42 ans, MONTRÉAL
Date: 2006-07-06 à 22:16

L'antériorité du Québec, quelle belle formule !!! Si vraie, si imposante de sens et si solide ! Bravo, M. Bernard, pour votre approche foncièrement positive et votre discours au focus bien défini. C'est toujours limpide, nuancé, sans s'écarter de l'enjeu : le Québec. Ça ne peut qu'augmenter votre crédibilité et votre notoriété mais surtout c'est une oeuvre de patiente pédagogie au profit d'appuis à la souveraineté. Je vous serre la main et vous encourage vigoureusement à poursuivre votre oeuvre et vos analyses en capsules. Encore bravo.

Myriam Marois, 46 ans, Alma
Date: 2006-07-06 à 22:53

M. Bernard,

Tout à fait juste votre texte. Ce sont des hommes comme vous qui nous aideront à avoir un pays. Malheureusement la souveraîneté est en otage (parti politique doit être le meilleur). Vous nous redonnez la fierté d'être québécois. Bravo.

Luc Bertrand, 45 ans, Pointe-aux-Trembles
Date: 2006-07-06 à 23:20

Je suis très heureux de savoir que vous continuez à commenter l'actualité politique, et Dieu sait combien nous avons besoin de grands sages de votre expérience pour garder la tête froide malgré la période extrêmement décevante que vit le mouvement souverainiste. Vous avez tenu promesse de rester "en réserve de la République" malgré les résultats décevants et profondément injustes de la course à la direction du Parti Québécois.

Malheureusement, les deux principaux partis souverainistes (le PQ et le BQ) ne semblent pas avoir compris la leçon pour leurs déboires actuels. Du côté de l'Assemblée nationale, André Boisclair était mon dernier choix sur les 9 candidat(e)s lors du vote de novembre dernier et les événements qui ont suivi son élection à la tête du PQ ont dépassé mes plus grandes appréhensions. M. Boisclair agit d'une manière complètement incohérente. D'un côté il ne veut toujours pas reconnaître les erreurs de gouvernement et le manque d'inspiration qui ont causé la défaite de 2003, de l'autre, il ne fait aucun effort public pour retenir les député(e)s d'expérience du parti. Je l'ai entendu dans un congrès régional en avril et j'ai constaté sa suffisance, son absence d'écoute des préoccupations des militant(e)s et son argumentation superficielle. Je conviens qu'il fallait rajeunir le Parti Québécois, mais vous conviendrez que son style de direction a contribué à vider le parti de sa matière grise et de sa crédibilité au profit de proches collaborateurs aux convictions plutôt molles et dociles. Du côté fédéral, Gilles Duceppe a mené une campagne trop défensive et Stephen Harper a habilement exploité l'écoeurement des gens des affrontements Libéraux fédéraux vs souverainistes. J'ai tenté de réagir aux conclusions plutôt simplistes de l'enquête faite par le Bloc Québécois pour expliquer la performance décevante dans les régions francophones de Québec et de la Beauce, mais on semble avoir filtré mon commentaire. J'avais expliqué ces résultats par le fait que les électeurs, par déception devant le manque de courage de nos leaders souverainistes (déconnexion de la stratégie d'André Boisclair pour réaliser la souveraineté, refus de Gilles Duceppe de voir un appui à l'indépendance avec un vote de 50% + 1 en faveur du BQ), ont probablement mis au défi Harper de réaliser ses promesses en lui donnant, contre toute attente, un nombre substantiel de député(e)s au Québec.

Maintenant, à part les lanternes comme vous, nous sommes placé(e)s dans de bien mauvais draps. Jean Charest attend avec impatience le moment de tailler en pièces ce qui reste de la "balloune désoufflée" d'André Boisclair et du "nouveau PQ" mal fagotté à l'Assemblée nationale avant de déclencher une élection générale. Malheureusement, on revient toujours à la même conclusion que je répète sans cesse dans les forums politiques depuis 8 mois : les membres du PQ ont manqué le bateau l'an dernier en laissant les médias (fédéralistes) désigner leur nouveau chef en tombant dans le panneau de préférer une campagne d'image plutôt que de contenu. Croyez-moi, si les 140 000 membres avaient tou(te)s lu l'information fournie (dépliant synthèse des candidat(e)s) ou disponible (sites web des candidat(e)s), vous auriez récolté beaucoup plus que 5,5% des premiers choix !

De toute façon, si André Boisclair n'est pas le bon "cavalier" pour mener le Québec à l'indépendance, nous serons mieux de le savoir le plus tôt possible, en espérant que le PQ puisse se retrouver avant que la nouvelle loi électorale (qui doit être effective en 2011 et à laquelle ont collaboré tacitement Jean-Pierre Charbonneau et Daniel Turp) ne rende statistiquement impossible l'élection d'un gouvernement indépendantiste.

Danielle Veillet, 60 ans, Lachine
Date: 2006-07-07 à 13:57

Bonjour Monsieur Bernard,
Votre texte est un modèle de concision. C'est un plaisir de vous lire. En relisant plusieurs de vos messages, on constate la cohérence de votre engagement. L'ensemble est convaincant.

Suzanne Plourde, 50 ans, montréal
Date: 2006-07-08 à 12:02

Ce matin, j’ai eu une discussion avec mon fils de 20 ans sur les raisons qui nous rattachent toujours, mon conjoint et moi, à notre désir de souveraineté. Le Québec n’a-t-il pas obtenu des améliorations à sa situation depuis les 30 dernières années ? Cela a entrainé une discussion fort intéressante et nous lui avons fait valoir quelques exemples d’ingérence du fédéral. Or votre article explique très bien le besoin toujours présent d’obtenir notre indépendance et l’argument sur l’accord de Kyoto en est un très bel exemple.

Félicitation pour cette réponse qui m’aidera dans mes discussions futures avec les personnes qui croient que les choses ont tant changées depuis 30 ans. Ouvrons les yeux à nos concitoyens et peut-être que la prochaine fois, ce sera la bonne !

Suzanne Plourde, 50 ans, montréal
Date: 2006-07-08 à 12:02

Ce matin, j’ai eu une discussion avec mon fils de 20 ans sur les raisons qui nous rattachent toujours, mon conjoint et moi, à notre désir de souveraineté. Le Québec n’a-t-il pas obtenu des améliorations à sa situation depuis les 30 dernières années ? Cela a entrainé une discussion fort intéressante et nous lui avons fait valoir quelques exemples d’ingérence du fédéral. Or votre article explique très bien le besoin toujours présent d’obtenir notre indépendance et l’argument sur l’accord de Kyoto en est un très bel exemple.

Félicitation pour cette réponse qui m’aidera dans mes discussions futures avec les personnes qui croient que les choses ont tant changées depuis 30 ans. Ouvrons les yeux à nos concitoyens et peut-être que la prochaine fois, ce sera la bonne !

samuel champagne, 24 ans, montréal
Date: 2006-07-09 à 13:45

Auriez-vous des propositions pour améliorer l'efficacité de la banque centrale?

Les demandes faites pour répondre au cycle de doha étaient-elles un moindre mal? est-ce que le sacrifice valaient la peine?

bientôt le G8, le Québec aurait-il des interlocuteurs fiables en Russie?

Y a t-il des pourparlers avec les autres provinces qui veulent l'indépendance dans le monde pour établir un cadre légal qui puisses permettre d'éviter les dérapages futurs?

RÉPONSE DE LOUIS BERNARD
Date: 2006-07-09 à 22:27

Je ne partage pas l’appréciation négative du nouveau chef du Parti Québécois. M. André Boisclair a fait, jusqu’à maintenant, exactement ce qu’il a dit qu’il ferait lors de la course à la direction. Il s’était engagé à travailler d’abord à la mise en forme du PQ, avant de faire son entrée à l’Assemblée nationale. Et c’est à quoi il a employé son temps depuis novembre dernier. Il se présente maintenant à l’élection dans Pointe-aux-Trembles et assumera bientôt son rôle de chef de l’Opposition, où il pourra faire valoir ses excellentes qualités de parlementaire.

Personnellement, j’ai particulièrement apprécié la réaction de M. Boisclair à la récente déclaration faite, à Paris, par M. Jean Charest sur la capacité qu’a le Québec de devenir un pays indépendant. Cette réaction fut rapide, modérée et efficace.

Michel Lebel, 62 ans, Entrelacs
Date: 2006-07-10 à 14:12

Je viens de l'envoyer avant d'être inscrit. Merci.

Michel Lebel
Entrelacs, le 10 juillet 2006
Ancien professeur de droit constitutionnel

Georges Lemieux, 36 ans, Québec
Date: 2006-07-14 à 13:51

Merci M. Bernard pour vos commentaires éclairés. C'est grâce à vous que j'ai repris ma carte du parti québécois, et je suis convaincu qu'avec votre participation active au cours de la prochaine campagne électorale, nous saurons reprendre le pouvoir et remettre le Québec en marche vers l'indépendance nationale!


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