L'Indépendance et la Révolution Tranquille
04 mai 2006
Dans son livre récent intitulé « Il faut achever la Révolution tranquille!», Paul-Émile Roy indique que, depuis 1960, le Québec est entré dans une mutation profonde qui n'est pas terminée et dont l'aboutissement reste encore incertain. À son avis, cette mutation, qui est essentiellement une démarche de libération et une quête d'identité, ne pourra réussir que si elle conduit le Québec à son indépendance. Or, écrit-il, c'est un accomplissement qui est rendu difficile par la nature même de la Révolution tranquille qui a entraîné un rejet du passé et provoqué une crise d'identité collective. D'où il conclut qu'il y a urgence de travailler activement à l'avènement de l'indépendance, en la faisant naître d'abord dans le discours, puis dans les esprits et, enfin dans les faits.

Cette analyse de la conjoncture actuelle du Québec est éclairante et incite à passer à l'action. Il serait dangereux, en effet, de présumer que le seul passage du temps amènera automatiquement la souveraineté du Québec, comme si la Révolution tranquille avait été programmée à l'avance pour y conduire inéluctablement. Le Québec actuel n'est peut-être pas dans un cul-de-sac, mais il est certainement à un carrefour, indécis quant au choix de sa route.

Le Québec est entré dans la post-modernité de façon abrupte, plus par révolution que par évolution. C'était, cependant, une révolution « tranquille », c'est-à-dire qui s'est faite progressivement et dont le sens était ambigu parce que resté non formulé. Sur les plans social, culturel et économique, la transformation a rencontré peu de résistance et s'est accomplie dans une relative unanimité. Mais il en fut différemment sur le plan politique où, d'une part, l'objectif prit plus de temps à se définir et où, d'autre part, la résistance a été vive.

Il est vrai que la Révolution tranquille a toujours eu une dimension politique. Mais son objectif de départ visait plutôt le renouvellement du fédéralisme canadien que la souveraineté du Québec, objectif qui ne vint que plus tard et ne fit jamais l'unanimité. C'est, en effet, largement en raison du refus du Canada de reconnaître le caractère distinct du Québec que de plus en plus de Québécois sont devenus souverainistes - et, pour plusieurs, la formule reste encore : « l'indépendance si nécessaire, mais pas nécessairement l'indépendance ». Cette ambiguïté de départ n'a jamais été éclaircie et elle continue à entretenir le débat. Pour la résoudre, il faudra que les Québécois prennent enfin acte que, à la lumière de l'expérience, la souveraineté est devenue la seule voie pouvant permettre la poursuite et l'achèvement de leur maturation collective.

Il est vrai, comme le souligne Paul-Émile Roy, que la Révolution tranquille a entraîné un rejet du passé. Nous avons, en effet, toujours eu de la difficulté à accepter notre passé comme il était. Avant la Révolution tranquille, ce passé était souvent embelli, sublimé ; après, on a voulu l'écarter, l'oublier. Ce rejet, à mon sens, n'était pas tant un refus de nous-mêmes qu'un refus de continuer à être ce que nous étions devenus. Ce n'est, je crois, que lorsque nous serons devenus fiers de nous voir comme nous sommes, que nous pourrons nous regarder comme nous avons été. Pour le moment, ce qui importe, c'est de décider à quel avenir nous appartenons.

D'être partis vers l'avenir, comme nous l'avons fait au moment de la Révolution tranquille, sans plan de match et sans autre objectif que de faire neuf, peut avoir un air d'insouciance et de légèreté, et peut même se révéler dangereux. Mais cela peut aussi témoigner d'une réelle confiance en soi, d'une conviction qu'en allant au bout de ses possibilités, le Québec s'en trouvera mieux. Tout comme le jeune adulte qui, confiant en lui-même, quitte le foyer familial pour faire sa vie sans trop savoir vraiment ce qui l'attend. Tout dépendra donc de notre capacité à relever de façon responsable les défis qui nous confrontent. Heureusement, en faisant le bilan de l'immense chemin qui a été parcouru en si peu de temps, on peut penser que ça vaut la peine de continuer.

Pour tout peuple en devenir, la question de l'identité nationale est fondamentale. La plupart du temps, cette identité est séculaire, incontestée, voire même vénérée, et c'est elle qui sert d'assise à l'avènement de l'État-nation. Ce n'est pas notre cas. Nous sommes nés Canadiens, dès le moment où nos ancêtres ont voulu se définir par rapport à la France. Puis, après la Conquête et jusqu'à tout récemment, nous nous nommions Canadiens-français, et notre peuple s'étendait « a mari usque ad mare ». Ce n'est que depuis la Révolution tranquille que nous sommes devenus, progressivement, des Québécois et que notre identité s'est définie en fonction du territoire québécois plutôt qu'en fonction de nos origines françaises. C'est, en réalité, très peu de temps pour une transformation aussi radicale, et on peut même se surprendre qu'elle ait été aussi rapide. Il faut avouer d'ailleurs qu'elle ne s'étend pas encore à plusieurs de nos concitoyens, surtout ceux qui ne sont pas de langue française. Cette identité reste donc à parfaire et, paradoxalement, c'est la souveraineté qui viendra conforter cette identité, tout autant que l'inverse.

Très souvent, c'est la domination étrangère qui est le principal déclencheur des mouvements de libération nationale. Chez nous, cette domination était évidente dans les secteurs économiques et culturels, et ce fut là, certainement, un des facteurs à l'origine de la Révolution tranquille. Mais dans le domaine politique, cette domination, quoique aussi réelle, a toujours été moins évidente en raison du régime fédératif du Canada. Par exemple, la plupart des agressions et vexations dont le Québec a été victime au cours des dernières années ont été le fait de Québécois siégeant à Ottawa : comment alors crier à la domination étrangère ? C'était « nous contre nous », ce qui traumatise moins que « nous contre les autres ». Par conséquent, ce qu'il importe de dénoncer, ce ne sont pas tant les injustices que nous a fait subir le système fédéral que les limites importantes qu'il continue à nous imposer.

À l'heure actuelle, le Québec n'est pas libre de ses choix : il ne peut pas s'organiser comme il l'entend et de larges secteurs de responsabilité lui échappent. Il est absent de la scène internationale, où il ne peut presque jamais parler en son nom. Il ne peut changer la forme monarchique et parlementaire de son gouvernement. Il ne peut procéder à une véritable décentralisation des pouvoirs envers ses régions. Il n'a pas autorité sur la nomination des juges des cours supérieures, ni sur le droit criminel, les banques et la monnaie, le transport aérien, maritime et ferroviaire, les pêches, la défense et la sécurité nationale. Ni sur les autochtones, le mariage et le divorce, l'assurance-chômage, les télécommunications, les brevets et le droit d'auteur. Son autorité en matière d'agriculture et d'immigration est subordonnée à celle d'Ottawa, tout comme c'est le cas en matière d'environnement ou de commerce. Et surtout, ses propres compétences ne sont pas à l'abri d'une intervention fédérale par l'utilisation soit de son pouvoir de légiférer pour des raisons d'urgence ou d'intérêt national, soit de son pouvoir illimité de dépenser même dans les domaines qui relèvent exclusivement des provinces, pouvoir qu'il ne se gêne pas d'employer de plus en plus fréquemment en profitant pleinement du déséquilibre fiscal qui l'avantage.

Tout cela pour dire, comme Paul-Émile Roy, qu'il faut d'abord faire l'indépendance dans les esprits avant de pouvoir la faire dans les faits. Et pour la faire dans les esprits, il faut d'abord la faire dans le discours. D'où l'importance primordiale de l'action politique pour promouvoir l'identité québécoise, la fierté de notre histoire et de nos succès, la confiance dans l'énorme potentiel de notre peuple et, sur le plan politique, la nécessité incontournable de l'indépendance pour permettre au Québec d'atteindre son plein développement.

Le Québec est encore loin d'être « maître chez lui ». C'est en prenant conscience des limites importantes qu'impose au Québec son statut actuel de province canadienne que les Québécois comprendront que leur Révolution tranquille reste encore largement inachevée.

Ce texte a été publié en postface du livre de Paul-Émile Roy,
Il faut achever la Révolution tranquille!, Louise Courteau éd., 2006, 107 pp.

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samuel champagne, 24 ans, montréal
Date: 2006-05-04 à 17:09

maudit!
le québec est divisés sur plein de sujets, comment ça se ferait qu'il serait moins divisés lorsqu'il serait indépendant?

Une part honores chavez et l'autre cardoso.

Une autre veut qu'on fasses sauter le gouvernement iranien et l'autre veut qu'on envahisses les sites de stockage d'armes bactériologiques américains.

Il y a 20 000 néo-nazi a st-petersburg mais ce sont les russes qui donnes des options aux iraniens pour le dossier nucléaire.

100 millions de tonnes d'acier en trop en chine.

Le paternalisme mou: un fonds de pension par défaut qu'on peut remplacer par du privé si on veut.

le bureau du coroner ne fait plus d'enquètes depuis 2 ans.

L'ontario devra remplacer 15 centrales nucléaires d'ici 10 ans, son premier ministre dit que l'éolien n'est pas fiable, est-ce vrai que l'ontario n'a pas de marge de manoeuvre?

Des scientifiques partout dans le monde développent des technologies liés a la fusion froide.

Le projet iter de fusion thermonucléaire acceuilles des fonds de l'inde, de la chine et des états-unis. Il aura lieu en france.

L'égypte a un développement plus stable que partout en afrique. (inflation de 3% et croissance de 6%...déficit minime a 11 milliards.

Avant l'intifada il y avait des raves a jerusalem qui réunissaient les diverses communautés juives et arabes.

Israel est no.1 pour le piratage technologique.

Chavez fait passer un pipeline en plein milieu de l'amazonie malgré les avertissements qui disent que ce n'est pas rentable comme manière d'approvisionner l'argentine.

Ajoutez votre grain de sel!

malgré tout je vous souhaites d'avoir votre pays. Moi le nationalisme c'est des frontières qui justifient le pouvoir des militaires et de l'industrie de la peur.

La chine reviens a son développement de 2001.

jean-jacques lefebvre, 73 ans, louiseville
Date: 2006-05-04 à 17:19

M.Bernard,

Votre texte est tout simplement un petit chef-d'oeuvre de clarté et de précision.

Mes sincères félicitations!

Jean-Jacques Lefebvre
Maskinongé

daniel mcgown, 52 ans, varennes
Date: 2006-05-04 à 19:08

merci de continuer de vous impliquer. j'aimerai tellement que Lucien Bouchard se joigne à vous lorsqu'il sera temps de négocier avec Ottawa le partage de l'actif et du passif. Puisque vous le connaissez bien, je vous saurai gré de lui en parler.

Votre texte, comme toujours, est d'une grande sagesse.

Réjean Grenier, 71 ans, Saint-Jérôme, QC
Date: 2006-05-05 à 13:16

Monsieur Bernard, excellent texte, j'approuves les yeux fermés. car voyez-
vous, vous étiez mon homme lors de l'élection à la chefferie. Je n'ai donc
pas voté pour Boisclair pour mille raisons et à la lumière de ce qui se
passe depuis j'ai eu raison. Mon problème réside dans le fait que pour moi et des milliers d'autres péquistes, il semble qu'il n'y ait aucune façon
de se débarasser de ce personnage qui fait peur. Des sugestion s'il-
vous-plais!


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