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Une souveraineté bien réelle !
08 juillet 2009
Dans une opinion publiée dans Le Devoir de lundi, M. Mario Polèse soutient que la souveraineté du Québec serait imaginaire, inutile et même nocive au fait français en Amérique. Voici pourquoi je pense exactement le contraire.

D'abord, mettons-nous d'accord sur un fait : la souveraineté souhaitée par le Québec n'est pas celle qui prévalait au 19e siècle, mais une souveraineté moderne qui rapproche les nations plutôt que de les séparer. C'est la souveraineté de la France et du Royaume-Uni au sein de l'Union européenne et celle du Brésil et de l'Argentine au sein du Mercosur. Cette souveraineté n'est pas absolue, mais elle est bien réelle. A-t-on, d'ailleurs, jamais entendu quelqu'un qualifier d'imaginaire la souveraineté de la France ou de l'Angleterre ?

La souveraineté, prétend-il, serait inutile puisque que le Québec a réussi à se développer à l'intérieur de la fédération canadienne pour devenir l'un des peuples les plus prospères et créateurs de la planète. La réponse est pourtant simple : au cours des cinquante dernières années, le Québec est allé au bout de ce qu'il est possible d'accomplir dans le cadre constitutionnel actuel. Ayant atteint cette limite, il a tenté, à de multiples reprises, d'élargir ce cadre en revendiquant une révision constitutionnelle. Toujours sans succès. Aujourd'hui la réalité est claire pour tous ceux qui refusent de se cacher la tête dans le sable: le fédéralisme canadien est coulé dans le béton et, s'il veut aller plus loin, le Québec n'a d’autre choix que d'en sortir.

Or le Québec a besoin d'aller plus loin, car le grand élan d'émancipation dans lequel il est engagé depuis la Révolution tranquille reste inachevé. Des pouvoirs et instruments de développement essentiels lui font encore défaut qui empêchent la nation québécoise d'atteindre son plein potentiel.

Le plus évident - et M. Polèse le concède d'emblée - est celui de la personnalité internationale : s'il était souverain, dit-il, « le Québec aurait son siège à l'ONU ». Mais ce dont il s'agit, en réalité, c’est beaucoup plus que d'avoir un siège à New-York. C’est d'assurer la présence du Québec aux multiples forums internationaux où se discutent de plus en plus de questions qui concernent directement notre avenir et nos intérêts. C'est également d'exercer notre capacité d'avoir des relations bilatérales ou multilatérales avec les autres pays. C'est enfin d'assumer notre part dans l'atteinte des Objectifs de développement du millénaire et dans l'aide aux pays moins nantis. C'est, en somme, de jouer pleinement notre rôle de membre à part entière de la communauté des nations.

Mais il y a également plusieurs autres pouvoirs importants qui, dans la fédération actuelle, échappent au Québec et qui sont essentiels au développement de sa personnalité propre. Je ne donnerai que quelques exemples. Comment se sentir maitre chez soi quand son Parlement ne peut pas légiférer sur des questions comme l'euthanasie, l'avortement, le crime organisé, le commerce des drogues, la délinquance juvénile et autres matières du droit criminel qui touchent intimement les valeurs de la nation ? Ou quand des questions aussi essentielles à la culture que la radio et la télévision sont du ressort exclusif d'institutions qui nous échappent ? Ou quand nous sommes menacés de perdre une compétence aussi importante pour notre développement économique que celle du contrôle des valeurs mobilières ?


Mais parlons de la langue française. Malgré la Loi 101, le Québec reste une province bilingue et ne pourra devenir un pays français que lorsqu'il sera souverain. L'immigrant qui arrive chez nous a toujours le loisir de s'adresser en anglais aux institutions fédérales de qui dépend son droit de séjour et qui lui attribueront la citoyenneté, qui sera non pas québécoise mais canadienne. Il est libre de déménager dans une autre province sans rien perdre de son statut d'immigrant reçu. Comment pourrait-il sentir toute la force de la pression sociale qui, dans les autres pays, incite l'immigrant à s'intégrer à la majorité ? Et que dire du refus d'Ottawa, conservateurs et libéraux réunis, d'astreindre le gouvernement fédéral et les institutions et entreprises qui en dépendent aux prescriptions de la Charte de la langue française ?

Enfin soutenir que le fédéralisme a contribué au développement des communautés francophones des autres provinces, c'est méconnaitre complètement notre histoire puisque c’est exactement le contraire qui s'est produit. L'avenir du français en Amérique dépend essentiellement de l'avenir du français au Québec et c'est en assurant sa vigueur et sa pérennité ici au moyen de la souveraineté que nous pourrons le mieux aider à son rayonnement autour de nous.

Malheureusement, le Québec reste, pour le moment, une entreprise inachevée. Plaider le chemin parcouru pour l'arrêter dans son cheminement, c'est ne rien comprendre à la dynamique québécoise. Au contraire, c'est le succès déjà obtenu qui nous justifie d'aller plus loin. C'est précisément parce que nous sommes devenus aussi capables que les autres de mener nos propres affaires que nous voulons conquérir les pouvoirs qui nous manquent pour compléter l’oeuvre entreprise par nos ancêtres il y a quatre cents ans.

Ce texte est publié dans Le Devoir du 9 juillet 2009.

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jean-jacques lefebvre, 73 ans, louiseville
Date: 2009-07-08 à 20:50

Merci et félicitations pour vos arguments clairs et très convaincants. Je souhaite que votre article soit lu par un très grand nombre de personnes.
Je vais certainement acheter Le Devoir du 9 juillet 09

, ans,
Date: 2009-07-10 à 7:30

Je viens de prendre connaissance aujourd'hui de votre blog. Bien intéressant.

Recoupant vos deux dernières interventions, je voudrais dire que si la souveraineté du Québec est bien réelle et concrète -ce qu'il est impossible de nier, à moins de plaider malhonnêtement pour le "machin" qu'est le Canada, comme disait René Lévesque- alors elle n'est pas une fin en soi.

D'abord, une fin n'est pas une chose "réelle et objective", mais un est un être de raison, une vue de l'esprit devant être réalisée en tant que une valeur, considérée première. En tant que "réelle", l'indépendance, pas plus que la liberté "réelle" ou "ontique", ne pas sont des fins en soi. Il s'agit d'une vérité philosophique incontournable découlant du principe selon lequel l'être est absolument premier par rapport à la pensée. On n'oublie ou ne méconnaît pas un tel principe impunément.

Il ne m'échappe pas que vous parlez de souveraineté ou d'indépendance "politiques" et non pas "ontologiques", qu'il s'agit donc bien de "valeurs" à réaliser comme fin et que ma distinction peut paraître spécieuse. Ce n'est pas le cas, elle est fondamentale et cette clarification est nécessaire.

Je suis certain que si elle avait été faite, ce qui implique une intelligence politique authentiquement "lucide et solidaire" nous serions déjà indépendant.

Souvenons nous du "coup de force constitutionnel" de Guy Bertrand, dont l'argumentaire était certainement fondé en droit, mais qui constituait une pure fiction par rapport au pays réel que nous voulons faire.

Vous vous souvenez que De Gaule avait raison contre tous concernant la stratégie à adopter pour contrer l'Allemagne nazie. Il s'est fait, seul, le Chef d'État de la France libre pour la même raison: il était réaliste...



Claude Duhamel, 71 ans, longueuil
Date: 2009-09-22 à 14:10

j'ai sursauté quant j,ai entendu Robert Bourassa dans lÉmission (les coulisse du pouvoir)un rappel sur sa d'émission)dire et je site « le Québec ne peu pas devenir indépendant géographiquement
J,ai toujours pensé le contraire,car géographiquement le Québec est au centre de l'Amérique et il pourra attirer tous les pays étrangers surtout les État-Unis et le reste du Canada venir installer leurs usines de transformation ou de fabrication a cause du fleuve Saint-Laurent.
Malheureusement les bateaux nous passent au nez pour aller en Ontario,commerce que nous avions à Montréal.
Être indépendant permettra aux pays étranger de venir s'installer au Québec pour y faire commerce avec tout l' Amérique et le Canada.
Un comptoir d'échange qui donnera beaucoup de travail aux Québécois.


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