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La crise financière Un nouveau mur de Berlin qui s'écroule 01 octobre 2008
La chute du mur de Berlin, en 1989, a signé l'arrêt de mort de l'utopie communiste dont bon nombre d'intellectuels et de citoyens bien-pensant s'étaient faits les chantres depuis le début du siècle dernier. Depuis, on n'a plus entendu parler du communisme comme solution pour résoudre les problèmes du monde. Même la Chine n'a gardé du communisme que le nom de son parti unique de gouvernement. Pourtant, bien des intellectuels, notamment dans la gauche française, avaient persisté, pendant longtemps, à nier l'évidence de cette faillite, même lorsqu'elle est devenue évidente au cours des années '70 : il a fallu l'écroulement du mur de Berlin pour que l'on renonce à ses chimères.
Il en va de même de la théorie du libre marché comme principe organisateur de la vie économique. Depuis le règne de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher, cette théorie, préconisée par Milton Friedman et l'école de Chicago, est devenue prédominante dans l'organisation économique des sociétés occidentales, surtout dans le domaine, crucial, des activités financières. La « main invisible » du marché étant plus sage que la main visible du gouvernement, celui-ci devait s'abstenir d'intervenir et de règlementer l'activité des joueurs du marché. Même si cette théorie a fait l'objet de nombreuses critiques par des économistes renommés, et même si des crises de plus en plus nombreuses se sont produites, et même si des lacunes de plus en plus importantes sont apparues, notamment dans l'injuste répartition des bénéfices entre les riches et les pauvres, cette théorie a continué à avoir des défenseurs acharnés, surtout, évidemment, dans les milieux qui profitaient le plus du système. Le marché, disait-on, peut se corriger par lui-même, l'État ne doit pas intervenir. C'était nier l'évidence et courir à la catastrophe. Même les ardents défenseurs de la suprématie du marché comme George W. Bush et Hank Paulson ont été forcés, bien malgré eux, de finalement le reconnaitre. Et plusieurs Républicains, surtout à la Chambre des Représentants, se refusent encore à admettre que ce qu'ils ont prêché depuis toujours s'avère finalement être faux. Malheureusement pour eux, la réalité finit toujours par l'emporter sur la théorie. Et c'est ainsi que l'écroulement des marchés financiers a sonné le glas de l'utopie du libre marché, comme l'écroulement du mur de Berlin a sonné celui de l'utopie communiste. Cela ne veut pas dire que l'État doit remplacer le marché. Dans nos sociétés développées, le marché doit occuper une large place, mais cela ne peut se faire que sous la surveillance et l'encadrement de l'État. Il faut renoncer à vouloir mettre le marché au dessus de l'État et accepter que c'est, au contraire, l'État qui doit rester au dessus du marché. Au Québec, la théorie de la suprématie du libre marché a eu, et a encore, plusieurs défenseurs. On en retrouve dans les départements d'économique de nos universités et dans des organisations comme l'Institut économique de Montréal. Pour eux, la pilule doit, certes, être amère et dure à avaler. Le fondement même de leur enseignement et de leurs prêches vient manifestement de s'écrouler. La dure réalité a montré de façon spectaculaire non seulement la fausseté de leur théorie mais également sa grande nocivité. Car ce n'est pas seulement « Wall Street » qui est affectée, mais également « Main Street », c'est-à-dire l'ensemble de la société. Et c'est l'ensemble des contribuables qui sont maintenant appelés à payer pour les pots cassés. Le moins auquel qu'on puisse s'attendre dans les circonstances, c'est de ne plus entendre parler de la suprématie du libre marché, comme on a cessé d'entendre parler de la suprématie du communisme après la chute du mur de Berlin. Même si cela ne devait être qu'une mince compensation pour le prix élevé que nous aurons tous à payer pour ce laisser-faire, ce serait au moins une certaine consolation.
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