Le danger de faire comme si...
26 novembre 2007
Dans la présentation du mémoire que j'ai déposé à la Commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables, j'ai fait valoir les cinq idées-forces suivantes.

1- Un Québec pluriel
Si on a senti le besoin de créer cette Commission, ce n'est évidemment pas simplement pour trouver des solutions à des problèmes particuliers, comme le port du voile ou du turban, mais bien plutôt pour indiquer comment le Québec, tout en restant fidèle à son caractère français, pourra répondre à ses besoins démographiques et aux réalités du XXIe siècle en devenant une société accueillante, plurielle et diversifiée.

Or le principal obstacle à cette évolution, comme l'a bien identifié le Document de consultation de la Commission, c'est l'insécurité identitaire des Franco-québécois. Une insécurité qui, loin d'être une phobie, vient de l'expérience vécue il y a quelques années à peine où, en raison des forces naturelles de l'environnement, les nouveaux arrivants au Québec s'intégraient en masse à l'immense majorité anglaise du Canada et de l'Amérique, plutôt qu'à la petite majorité française du Québec.

2- L'insuffisance des mesures en place
Pour contrer ces forces naturelles, le Québec a pris une série de mesures politiques dont les deux principales furent l'adoption de la Charte de la langue française et l'Accord sur l'immigration avec le gouvernement fédéral. J'ai participé de très près à ces deux mesures comme membre de l'équipe qui a élaboré, rédigé et mis en oeuvre la Loi 101, et comme principal négociateur pour le Québec de l'Accord de 1991 sur l'immigration.

Ce que je suis allé dire à la Commission, c'est que ces mesures, malgré leurs effets bénéfiques indiscutables, ont rencontré des obstacles qui les ont empêchées de produire tous leurs effets.

La loi 101 voulait faire du Québec un lieu qui soit ostensiblement français, mais elle a été émasculée de ses éléments symboliques les plus importants en ce qui touche la langue des lois, des tribunaux et de l'affichage public. Même ses critères d'accessibilité à l'école anglaise ont été remplacés, unilatéralement, par ceux de la Charte canadienne des droits, avec des conséquences qui restent encore inconnues puisqu'elles font présentement l'objet de recours devant les tribunaux.

Quant à l'Accord se 1991 sur l'immigration, il devait, en vertu des Accords du Lac Meech, être constitutionnalisé, mais il ne l'a pas été. De sorte que le gouvernement fédéral a gardé sa prépondérance en matière d'immigration. Et comme c'est lui qui accorde la citoyenneté et qui permet le séjour au pays, c'est lui que l'immigrant considère, avec raison, comme le gouvernement supérieur, auquel, d'ailleurs, il peut toujours s'adresser en anglais et qui lui permet de poursuivre sa résidence dans une autre province, si tel est son choix.

Tout cela fait que la pression sociale qui, grâce à la Loi 101 et à l'Accord sur l'immigration, devrait normalement jouer en faveur de l'intégration à la majorité francophone a perdu beaucoup de sa force.

3- L'illusion du Québec français
J'ai ensuite souligné qu'il y a présentement une illusion largement répandue à l'effet que le Québec actuel serait un pays français. Cela vient sans doute du fait que la Loi 101 déclare, à son article 1, que « le français est la langue officielle du Québec ». De là, certains ont conclu, comme le fait le Document de consultation de la Commission, que « au Québec, le français est la langue officielle ». Malheureusement, cela est inexact. Ce qu'il faudrait dire, c'est : « au Québec, le français est une langue officielle » puisqu'il y en a une autre, l'anglais, qui est également officielle dans les lois et tribunaux du Québec aussi bien que dans les lois et tribunaux du Canada ainsi que dans toutes les matières qui, comme l'immigration, la radiodiffusion, les douanes et les nombreuses autres, relèvent du Parlement canadien.

Cette illusion est pernicieuse car elle amène même la Commission, dans son Document de consultation, à poser le problème « comme si » le Québec n'avait qu'un seul gouvernement, qu'une seule langue officielle et qu'une seule langue publique commune. Ce qui, évidemment, risque de fausser l'analyse et d'invalider les solutions proposées.

4- Le Québec actuel est un pays bilingue
La conséquence de tout ceci, c'est que le Québec n'est, ni en droit ni en fait, un pays français et qu'il ne pourra jamais le devenir tant qu'il restera une province canadienne. Un Québec qui n'est pas souverain ne sera jamais un pays français, mais restera toujours un pays bilingue. Cela est l'évidence même.

5- Un choix inéluctable
Le Québec est donc devant un choix qui engage tout son avenir. Pour répondre à ses besoins démographiques, assurer son développement et être de son temps, le Québec doit être accueillant, pluriel et ouvert à la diversité. Mais pour cela, il doit être assuré de sa sécurité identitaire, ce qui exigerait l'encadrement d'un pays français, donc ne faisant plus partie d'un Canada forcément bilingue. Choix inéluctable, dont tous les Québécois doivent être pleinement conscients.

En terminant ma présentation, j'ai exprimé le voeu que, même s'il n'appartient pas à la Commission de se prononcer sur la question du statut constitutionnel du Québec, elle ne gomme pas, dans son rapport, cet aspect fondamental qui est à la source même du problème qui a été confié à son analyse. Car un Québec français ferait toute la différence. Pour en convaincre les Commissaires, je leur ai suggéré de faire un petit test : « à la fin de vos travaux, leur ai-je suggéré, faites l'exercice de placer vos recommandations d'abord dans le contexte d'un Québec-province et, ensuite, dans le contexte d'un Québec-pays, puis comparez les résultats. Vous verrez tout de suite la différence ».

Le mémoire de Louis Bernard est disponible sur son blogue (www.louisbernard.org).

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jean-jacques lefebvre, 73 ans, louiseville
Date: 2007-11-26 à 21:35

Souhaiton-nous, souverainistes, la meilleure des chances, ainsi qu'à nos représentants. Je crois fermement que la chance finira par tourner de notre bord.
Merci M.Bernard pour votre beau travail.
J-Jacques Lefebvre

Bernard Desgagné, 49 ans, Gatineau
Date: 2007-11-27 à 1:27

C'est M. Pratte qui ne sera pas content. Dans son éditorial du 1er novembre, il se montrait vraiment agacé qu'on parle de langue à la commission Taylor-Bouchard. Pour lui, c'est «hors d'ordre». Et puis, de toute façon, il veut faire croire à la population que le français vogue actuellement sur les flots bleus d'une mer tranquille au Québec. C'est aussi la croyance qu'a essayé de propager Radio-Canada à de nombreuses reprises, notamment lors de son opération de propagande sur le bilinguisme en février 2007 ainsi que dans sa campagne de dénigrement récente du projet de loi sur l'identité québécoise. Le reportage de Martine Biron au Téléjournal du 8 novembre est vraiment un morceau d'anthologie à cet égard.

Il faut s'attendre à ce que, dans les jours qui viennent, Gesca et Radio-Canada fassent leur possible pour marginaliser le propos de M. Bernard, car il est très difficile d'attaquer sa crédibilité. Ils ont déjà commencé puisqu'après avoir accordé passablement d'attention au témoignage de M. Bernard au bulletin d'information radiophonique de midi, ils l'ont vidé d'une bonne partie de son sens au Téléjournal, le soir, une émission à la cote d'écoute beaucoup plus élevée.

En outre, je constate que les dés sont pipés en matière linguistique à la commission Bouchard-Taylor. Charles Castonguay, qui est sans doute l'un des grands spécialistes de la question linguistique au Québec, s'est vu refuser la présentation publique de son mémoire. C'est dommage, car il aurait pu illustrer clairement, avec données à l'appui, la faible force d'attraction du français au Québec, contrairement à la thèse de l'axe propagandiste. Le propos de M. Bernard se serait trouvé d'autant plus étayé. Mais, dans un Québec entièrement sous l'emprise du cartel fédéraliste des médias, il ne faut pas trop en demander.

Merci, Monsieur Bernard, pour votre affabilité, votre détermination et votre sens de la pédagogie. Espérons qu'un jour, la liberté de presse véritable renaitra au Québec et qu'au lieu de se faire inonder d'histoires de vitres givrées et d'oreilles de Christ, les gens pourront entendre parler davantage du pays français que nous voulons bâtir.

Michel Lebel, 62 ans, Entrelacs
Date: 2007-11-27 à 5:51

C'est encore le discours de la pensée magique. Tout serait réglé et beau comme la Suisse si le Québec devenait indépendant. Idéologie, quand tu nous tiens! Comme je ne crois pas à l'utilité de cette commission Bouchard-Taylor, je n'en dirai pas plus, sauf pour dire que vos propos hors d'ordre, M.Bernard, confortent mon jugement sur la non-pertinence de cette commission.

Gilles Châtillon, 68 ans, Montréal
Date: 2007-11-27 à 12:41

Faire comme si...
Les réelles menaces contemporaines n'existent pas

Je veux bien que le bonheur pour tout individu soit d'affirmer sa propre identité. C'est aussi la condition de s'engager pour les autres. Il y a en effet deux défis indissociables qui s'affrontent et se nourrissent : l'identité et l'altérité. Si ma richesse repose sur la diversité, ma fierté provient de la fidélité à moi-même. On peut même déclarer que le progrès humain procède du croisement de la diversité des cultures et de l'affirmation des identités.

Au Québec, lorsque nous aurons enfin confirmé ce « Je » identitaire, intégrer ces « Nous » multiples et réglé quelques accommodements raisonnables, ne pourrions-nous pas nous appliquer à relever - prioritairement et avec confiance - les cinq incontournables défis de notre époque, qui ne sauront attendre : une égalité évidente entre les personnes, une justice sociale immanente, une croissance économique mondialisée, un écosystème équilibré et une richesse partagée?

Ce qui nous est nécessaire aujourd'hui, ce sont moins des séances de thérapies collectives, qu'une nouvelle manière de voir nos réalités locales et mondiales, liée à de nouvelles façons d'agir.

Ce qu'il nous faut, c'est la forte prépondérance d'une philosophie du pragmatisme qui se traduit par une forte valorisation de l'action, et de ce qui donne des résultats.

Rien n'unit plus des gens de toutes les races, de toutes les religions et de toutes les classes sociales, que des actions communes qui tournent autour de la sécurité des personnes et des familles, de l'éducation et de la santé, du travail et de l'économie, du bien-être et des plaisirs de la vie. Que de bâtir ensemble les cathédrales du XXIe siècle!

Pour les individus comme pour les sociétés, il n'y a pas d'avenir sans défi. Le projet de faire du Québec un pays pluriel, français et moderne relève à la fois de cette démarche identitaire d'ouverture et, conséquemment, des actuelles nécessités linguistiques, culturelles, démographiques, sociales, économiques et mondiales.

Nous réussirons ensemble, « à notre manière, à notre façon »*, avec nos valeurs et nos actions communes, équipées de la boîte à outils d'un pays normal.

Gilles Châtillon

* Gilles Vigneault


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