Un PQ souverainiste
Un repositionnement électoralement rentable
16 avril 2007
Dans un texte récent, j'ai proposé que le Parti Québécois procède à un repositionnement politique fondamental en plaçant la souveraineté au coeur de son programme et de son action politique et en renonçant d'avance à gouverner le Québec-province. J'en ai donné les raisons d'intérêt national pour le développement et l'épanouissement de la nation québécoise. Je voudrais maintenant en donner les raisons d'ordre électoral pour le Parti Québécois lui-même.

Plusieurs, tout en admettant la logique de ma proposition, ont refusé de l'accepter pour des raisons de rentabilité électorale. Ce serait, dit-on, suicidaire que de mettre aussi radicalement l'accent sur la souveraineté. À mon avis, c'est tout à fait le contraire.

J'affirme qu'il est dans l'intérêt électoral du Parti Québécois, non seulement à long mais même à court terme, de mettre la souveraineté du Québec au centre de son programme et de son action politique. Et, à l'inverse, je soutiens que prendre ses distances à l'égard de la souveraineté serait catastrophique électoralement pour le PQ et risquerait d'amener sa disparition rapide.

Le tripartisme change radicalement la donne politique québécoise en faisant disparaître l'alternance automatique entre le gouvernement et l'opposition. Dorénavant, le PQ n'est plus assuré d'être la solution de rechange et peut très bien s'enliser dans son statut de tiers-parti. Il pourrait même disparaître, comme cela est arrivé à l'Union nationale et aux Crédit-social. Cela lui arrivera fatalement s'il n'a plus sa raison d'être.

La marque de commerce du PQ, c'est d'être souverainiste. Son bassin électoral principal, ce sont les souverainistes et les nationalistes. De toutes les tendances : droite, centre et gauche. Il s'agit-là d'ailleurs du bassin électoral qui, au Québec, est de loin le plus large de tous, du moins chez les francophones. C'est donc sur cette cible naturelle que le PQ doit concentrer ses efforts non seulement à long terme mais surtout à court terme. Car quand les temps sont difficiles, il faut, de toute évidence, s'appuyer sur ses assises les plus solides.

Pour faire un meilleur score la prochaine fois, le PQ doit d'abord identifier quels sont les électeurs qui, le 26 mars dernier, auraient pu voter pour le PQ, mais qui ne l'ont pas fait. Je ne crois pas me tromper en disant qu'une bonne majorité d'entre eux sont des souverainistes déçus ou démotivés qui ont soit perdu l'espoir que le PQ fasse l'indépendance ou qui ont craint que, ne l'ayant pas bien préparé, le PQ perde le référendum qu'il s'était engagé à faire « le plus tôt possible » au cours de son mandat. Ce sont ces électeurs que le Parti Québécois doit chercher à rallier à sa cause afin d'améliorer ses résultats électoraux.

D'ailleurs, quoi faire d'autre ? Y a-t-il une autre voie qui promette des meilleurs résultats lors de la prochaine élection ? Serait-il plus rentable de mettre la souveraineté en veilleuse ?

Pense-t-on vraiment que le PQ pourrait avoir de meilleurs résultats la prochaine fois avec la même plate-forme qu'il a mise de l'avant lors des dernières élections, tout simplement en la libérant de la promesse d'un référendum au cours du mandat ? Ce programme de gouvernement, malgré sa valeur, est-il à ce point emballant qu'il pourra contrebalancer la fatigue ressentie à l'égard des « vieux partis » et l'attrait de la nouveauté incarnée par l'ADQ ? Personnellement, j'en doute fort.

Il faut également se demander quelle serait la proportion des 28% d'électeurs qui ont voté pour le PQ, souvent après avoir hésité, et qui voudront encore le faire la prochaine fois s'ils ont le sentiment que la souveraineté est considérée par le PQ comme un boulet à traîner plutôt que comme un attrait et une motivation. N'y aura-t-il pas plus de pertes que de gains ?

À l'inverse, penser que ce sont des non-souverainistes qui, aux prochaines élections, vont en grand nombre se décider à voter pour le PQ, relève, à mon sens, de la pensée magique. Cela n'a aucune chance de se produire. Mais si, par impossible, cela se produisait, permettant ainsi au PQ de gagner les élections, ce serait pour faire quoi ? Pour gérer le Québec-province à la petite semaine, dans les limites imposées par la situation constitutionnelle actuelle du Québec ? Certainement pas, en tout cas, pour faire l'indépendance.

Les années que j'ai vécues au service du Québec dans le giron du Parti Québécois m'ont convaincu que le Québec ne parviendra jamais à la souveraineté par la voie du bon gouvernement. René Lévesque a pu le croire de bonne foi dans les premières années du mouvement souverainiste, mais il n'est plus possible d'entretenir cette illusion. C'est d'ailleurs pourquoi M. Jacques Parizeau s'était engagé à tenir le référendum de 1995 dans la première année de son mandat.

Le Parti Québécois est en sérieuse perte de vitesse. De 45% en 1994, il est passé à 43% en 1998, puis à 33% en 2003, et maintenant à 28%. Par contre, le soutien à la souveraineté, sans que le PQ y consacre le moindre effort, s'est constamment maintenu en haut de 40 %. Il doit y avoir là un certain message. Ce serait bien le comble que le PQ s'éloigne de cette clientèle naturelle pour partir à la recherche d'électeurs non souverainistes.

La meilleure mise électorale du PQ, c'est donc, à court terme, de convaincre tous les souverainistes qu'il est sérieux dans son intention de faire l'indépendance du Québec en renonçant d'avance à gouverner le Québec-province. À plus long terme, c'est de convaincre un nombre toujours plus grand de Québécois que la souveraineté est non seulement nécessaire au développement et à l'épanouissement de la nation mais que c'est la première des priorités. Dans l'immédiat, il s'agit de rassembler d'urgence tous les souverainistes actuels afin d'obtenir leur vote aux prochaines élections ; à plus long terme, il s'agit d'augmenter le nombre de souverainistes afin de faire l'indépendance du Québec aussitôt que possible. Voilà où, à mon avis, se trouvent l'intérêt électoral du PQ et l'intérêt national du Québec.

Texte publié dans Le Devoir du 17 avril 2007.

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Robert Bertrand, 72 ans, Québec. Québec
Date: 2007-04-16 à 23:40

Ce que je peux dire avec certitude, je voterai pour le parti politique qui fera l'Indépendance du Québec.

Pour y arriver à cette Indépendance, il faut avoir confiance dans les personnes qui se présentent devant nous.

Se donner un Pays du Québec, cela me semble assez sérieux pour ne pas confier notre Pays entre les mains de personnes temporaires qui n'ont qu'un seul intérêt : se faire élire. De cela, nous n'en avons pas besoin pour notre Pays du Québec.

Il faut croire dans son objectif y croire assez pour réaliser un programme de Pays et en toutes occasions nous parler de ce programme de Pays, avant, pendant et après l'élection.

Nous faire accroire que l'on est pour le Pays du Québec et suggérer de mettre cette option sous le boisseau parce que dans l'opposition, c'est de la foutaise. Avec raison, nous ne devions pas accorder de soutien à des personnes qui ont d'autres intérêts en tête et qui ne savent pas amener l'argumentaire pour vendre ce projet de Pays à tous les citoyens et citoyennes du Québec.

Félicitations à vous Monsieur Bernard de porter le Pays, de le défendre, d'en parler et de soutenir le seul objectif fondamental auquel il faut tenir.

Si le Parti Québécois se dérobe de cette obligation fondamentale, il vaudra mieux créer un parti politique nouveau. Le Nouveau Parti Québécois pour l'Indépendance du Québec.

Robert Bertrand, rédacteur,
Québec un Pays

La plume souverainiste, 29 ans, Montréal
Date: 2007-04-17 à 1:31

Monsieur Bernard, je crois que vous avez mal lu ou entendu certains souverainistes qui n’adhèrent pas au concept d’élection référendaire. Pour ma part, je n’ai jamais dit que le Parti québécois devait mettre le projet de souveraineté en veilleuse.

D’une part, vous soulignez qu’il y a toujours près de 40% des Québécois qui disent souhaiter l’indépendance du Québec. De toute évidence, il manque toujours un minimum de 10%. Il m’apparaît plus qu’évident que nous devons convaincre encore bien des gens. Notre priorité devrait simplement être là. Il est donc tout à fait légitime pour plusieurs souverainistes d’avoir eu peur de tenir un référendum rapidement après l’élection du PQ ! Un autre référendum perdu aurait été catastrophique. Je suis donc convaincue que de tenir une élection référendaire amènerait la disparition du Parti, contrairement à ce que vous avancez.

D’autre part, vous questionnez les votes perdus, ceux qui ont été à l’ADQ sans doute et d’autres à Québec Solidaire. Sans doute ceci vous dérange, et semble en déranger bien d’autres, mais les citoyens se préoccupent d’abord et avant tout d’eux-mêmes. Les souverainistes déçus ne le sont pas parce qu’ils ne croient pas que le PQ ait mis le projet de pays de côté, ils ne veulent pas de consultation populaire perdue d’avance et ils ont des préoccupations personnelles légitimes ; ils doivent être entendus et pris en considération. Alors oui, un programme de gouvernance responsable est nécessaire. Et non, il n’est pas nécessaire de mettre le projet de souveraineté en veilleuse, mais le référendum peut attendre.

Ce serait selon moi la meilleure façon d’avoir à la fois le temps et la tribune nécessaires, en étant au pouvoir, de nous définir un projet de pays étoffé et convaincant. Et j’ajouterais que si ce projet, sans s’éloigner de sa base naturelle comme vous le dites, était plus inclusif, et perdait une fois pour toutes son caractère ethnique dépassé, nous aurions davantage de chances qu’il se réalise plutôt qu’en se concentrant uniquement sur la base francophone, ce qui, de toute évidence, ne semble pas fonctionner.

Zach Gebello, 50 ans, St-Andre Avellin
Date: 2007-04-17 à 11:23

Repositionnement électoralement rentable.
Développement de la nation québécoise.
Intérêt électoral du Parti Québécois.
Souveraineté: Marque de commerce du PQ.
Bassin électoraliste: Souverainistes et nationalistes.
Francophones: Cible naturelle.
Résultats électoraux: Meilleur score.
Proportions d'électeurs: Pertes et gains.
Clientelle naturelle.

Mettez tout celà dans le prochain discours de Mario Dument et vous tuez l'ADQ.

De grâce, M. Bernard, l'indépendance d'un peuple ce n'est pas une marque de boisson gazeuse!

Les membres et militants du PQ ne forment pas un groupe détaché du peuple, et auquel on réserve un autre discours. Nous sommes ce même peuple.

La souveraineté une marque de commerce?

L'alternance entre Coke(PQ) et Pepsi(PLQ) se voit arrivé un troisièmme joueur: Seven-UP(ADQ).

La campagne "Civic Quebeckers Generation" "In perfect Harmony" n'a pas fonctionnée?

Y'a de quoi! C'était imbuvable!

Si vous ne comprennez que le language à la Cossette-Cossette Communications;

Il est temps de retourner au Coke Classique!


L'identité du peuple à libérer ne se retrouve pas sur un T-Shirt. Elle dans le coeur de chacun. Ça ne se vend pas. C'est une prise de conscience.

C'est ce que le PQ a perdu et doit retrouver.

Vous n'aurez même pas à les rassembler "pour obtenir leurs votes". Ils reviendront d'eux-mêmes, naturellement, pour vous offrir leur solidarité.

jean-jacques lefebvre, 73 ans, louiseville
Date: 2007-04-17 à 11:44

Bravo!
Je suis entièrement d'accord avec vous, M.Bernard

, ans,
Date: 2007-04-17 à 11:54

Cher Monsieur Bernard,
De toutes les analyses auquelles nous avons eu droit depuis le 26 mars, la vôtre a le mérite de proposer une piste de solution franche et honnête qui ne laisse pas place aux glissements qui ont faits que l'objectif premier d'indépendance a été détourné pour toutes sortes de raisons dont la prise du pouvoir à tout prix.
L'urgence de 1976 d'avoir un bon gouvernement, qui a d'ailleurs fait ses preuves avec un bilan impressionant, n'a plus l'urgence d'antan.
Pour répondre à vos détracteurs dont Bernard Landry, je crois qu'il y a place pour un programme électoral souverainiste dans un débat des chefs.
Ramener l'option fondamentale au centre du débat
dans toutes nos interventions ou disparaître. Le nombre de souverainistes québécois et les résultats du 26 mars en sont la preuve.

Eric Bernard, 40 ans, Outremont
Date: 2007-04-17 à 14:02

@ plume souverainiste :

Les solutions que vous apportez ont déjà été essayées par le PQ lorsqu'il était au pouvoir. Malheureusement, ça ne fonctionne pas. Toutes les énergies du gouvernement sont employées à bien gouverner et à garder le pouvoir, et il ne reste plus personne pour s'occuper de la souveraineté. Et si personne ne s'occupe de l'argumentaire, la souveraineté, ça n'arrivera jamais. Bref, s'occuper de la souveraineté lorsqu'on gouverne le Québec-province, si ça existait, on l'aurait.

À mon avis, le PQ, c'est une coalition pour la souveraineté. Au fil du temps, il a dévié de sa course pour parler d'autre chose, avec le résultat que l'on connaît aujourd'hui.

J'espère de mon côté que le PQ suivra l'idée de M. Bernard et qu'il choisira de promouvoir la seule solution pour l'avenir du Québec : la souveraineté.

Yvan Bolduc, 48 ans, Montréal
Date: 2007-04-17 à 19:56

Monsieur Bernard,

Encore une fois, votre argumentation tombe sous le sens. Tant que vous ou le parti aura ce discours, je l'appuierai fortement et de mon mieux.

Merci de garder ce discours et cette voie.

Yvan Bolduc

Jonathan Houle, 27 ans, Montréal
Date: 2007-04-18 à 11:12

Monsieur Bernard,

Je lis vos textes et interventions depuis la dernière campagne à la chefferie du PQ et je dois vous admettre que vous m'impressionnez au plus haut point. Vous avez cette facilité à vulgariser des réalités assez complexes et à amener une fraîcheur convaincante au niveau des idées. Je vous admet aussi que j'ai voté pour vous lors de la course à la chefferie et que j'ai été amèrement déçu des résultats. Je n'ai jamais été favorable à Boisclair uniquement par sa façon plutôt ennuyante et assez peu claire de s'exprimer.

Je veux vous féliciter d'intervenir plus fréquemment sur les tribunes, le PQ et les souverainistes ont justement besoin d'un maître-guide de votre qualité. Au plus profond de mon coeur, je souhaite ardemment que vous devenez le prochain chef du PQ et le premier homme à diriger le pays du Québec. Une chose est certaine, le repositionnement du PQ que vous proposez sera des plus gagnants. Cependant, je crois qu'il faut mettre un très grand effort au niveau de l'éducation de la population sur les avantages d'un pays du Québec, car la plupart des fédéralistes francophones sont cyniques et connaissent très peu les bénéfices réels d'un Québec souverain. Par souci de transparence, le PQ devrait aussi parler des différents risques d'un Québec souverain.

Pour conclure, continuez votre excellent travail de vulgarisation et surtout restez omniprésent au sein du PQ, nous ne pouvons pas nous passer de votre personne et de votre vision unique des choses, sans compter votre habileté à vulgariser et convaincre les gens.

Zach Gebello, 50 ans, St-Andre Avellin
Date: 2007-04-26 à 19:43

M. Bernard,

avant de rentabiliser il faut vendre.

Laurent Paré, 57 ans, Bécancour
Date: 2007-04-27 à 15:36

Je suis vraiment fatigué de toutes ces querelles internes sur la place publique. Le PQ est devenu risible, j'ai honte d'AVOIR VOTÉ POUR ÇA !. Il serait mieux de séparer ce qui a été uni il y a bien longtemps. RIN etc...

Chaque principale tendance aura les coudés franches pour vraiment promouvoir sa vision: Indépendance ou gouvernance.
Je me répète qu'elle que soit la position, le PQ me, NOUS FAIT HONTE. Dans mon cas c'est terminé !

Ayez donc le courage de vous sépare !!!!!!!!!!!

, ans,
Date: 2007-05-10 à 18:41

Bonjour monsieur Bernard!

Maintenant qu'André Boisclair a finalement accepté d'écouter le bon sens, j'espère que vos idées trouveront davantage d'écho à l'intérieur du Parti Québécois.

Je suis très heureux de constater que vous défendez toujours votre position depuis votre opinion suite à la défaite du 26 mars dernier. Je reviens de ma dernière réunion d'exécutif tenue hier à L'Assomption et peux vous confirmer que beaucoup, sinon la plupart des membres défendent votre vision et considèrent même que le choix du chef restera secondaire si le parti ne parvient pas à faire consensus sur sa mission fondamentale et son action politique. On pourrait même se demander si, même avec Dieu comme chef, le PQ ferait mieux si rien ne change.

Je suis très heureux de comprendre que, si jamais les membres du PQ arrivaient à faire consensus pour que le parti recentre son discours sur l'indépendance et ce qu'elle nous permettrait concrètement de faire en tant que gouvernement (national), on pourrait compter sur vous comme candidat lors de la course à venir à la direction du Parti Québécois!

Ce que "Plume souverainiste" et Laurent Paré (s'il a déjà particpé à un congrès du PQ) ne semblent pas comprendre, c'est que le Parti Québécois, hormis le passage de Jacques Parizeau (1988-1995), a été dirigé par des "associationnistes", des chefs qui soit craignaient la perte du lien avec le Canada ou souhaitaient toujours le conserver. Tous on ignoré ou feint d'ignorer que dès qu'il était élu comme gouvernement (provincial), le PQ nuisait plutôt qu'aidait à la promotion de l'indépendance en acceptant une incohérence. En effet, si le PQ pouvait se comporter en "bon gouvernement" (comme ce fut le cas entre 1976-1981 et 1994-1995), même dans un cadre provincial, pourquoi les gens auraient-ils voulu faire l'indépendance? Et si, au contraire, le gouvernement péquiste était coïncé (comme entre 1982-1985 et 1996-2003) et contraint de porter l'odieux des coupes dans les services à la population, les programmes sociaux ou les conditions des employé(e)s de l'État provincial, comment pouvait-il se rendre crédible pour faire l'indépendance alors qu'il acceptait de jouer le rôle qu'il décriait lorsqu'il formait l'opposition?

Ce qui est regrettable à dire et non moins vrai est que les chefs du PQ (sauf Parizeau) ont troqué la raison d'être du parti pour s'accrocher au pouvoir. C'est ce cynisme et le rejet de sa base militante qui ont conduit de plus en plus de souverainistes à déserter le PQ ou à ne plus l'appuyer.

Séparer l'indépendance de la gouvernance provinciale (conséquence de l'étapisme) a peut-être accéléré ou facilité l'élection du PQ, mais, en même temps a discrédité l'option ou l'a rendu plus difficile à promouvoir. En effet, les médias ne tardaient pas à lier toute action gouvernementale à la préparation des "conditions gagnantes" pour la tenue de son référendum. Pire, cette fâcheuse tendance à subordonner la cause aux considérations électoralistes a transformé les élu(e)s du PQ en carriéristes politiques au point, parfois, de les rendre allergique à l'objectif même du parti.

On l'a vu on ne peut plus "clairement", c'est le cas de le dire, avec André Boisclair. Obsédé qu'il était de mettre au pas les pur(e)s et dur(e)s du parti, il a été jusqu'à blâmer les militant(e)s pour la défaite alors que c'est lui qui refusait de dissocier la souveraineté du référendum.

Qu'on l'ai voulu ou non, le Parti Québécois est indiscutablement poussé à ses derniers retranchements, lui qui, en partant, avait refusé d'admettre les erreurs qui lui ont coûté la perte du pouvoir en 2003. Le parti ne peut plus se permettre d'erreur sous peine de disparaître comme choix rationnel lors de la prochaine élection.

Mes constats sont donc les suivants:

1° Dans un contexte tripartite (PLQ-ADQ-PQ), la coexistence des deux factions idéologiques originales du PQ (RIN et MSA) n'est plus possible. Règle générale, c'est plutôt les "ex-rinistes" qui ont été subordonné(e)s aux "lévesquistes". C'est de là que partaient les "chicanes": quand le chef et les membres refusent systématiquement de considérer les propositions "ex-rinistes" (radicales), ceux-ci n'ont d'autre choix que de manifester leur colère en dehors des instances du parti. Tant que cet abscès ne sera pas enfin crevé (même au prix de devoir créer un nouveau parti politique), l'unité sera impossible à réaliser au sein du PQ;

2° Il n'est plus possible de considérer le référendum comme type de consultation populaire pour amorcer le processus d'indépendance. L'étapisme a démontré son inefficacité (à cause de l'aberration expliquée plus haut), son initiateur (Claude Morin) s'est avéré une taupe au service du SCRS (révélation confirmée en 1991) et le gouvernement fédéral a rendu impraticable la stratégie référendaire par son "Bill C-20", adopté par Stéphane Dion et cautionné par Stephen Harper. De toute façon, que pouvons-nous promettre aux Québécois de plus que ce que l'ADQ, le PLQ, Québec Solidaire ou les Verts si nous omettons les moyens pour les réaliser?

3° Le clivage gauche-droite qui s'est opéré au sein du PQ est une autre conséquence de l'acceptation du principe des "bons gouvernements" provinciaux. En acceptant d'attendre "le grand soir" pour disposer du coffre d'outils, nous nous sommes condamnés à gérer le mécontentement de nos lobbies internes ou ceux courtisés. Dès que l'horizon de la souveraineté recule, l'impatience ou le sarcasme gagne la base militante et la démobilisation suit.

Ce que les membres doivent comprendre, c'est que notre idéal impose au PQ d'être un parti CIRCONSTANCIEL ou TEMPORAIRE. Ne sachant pas à l'avance combien de temps durera la nécessaire transition entre le statut de province et celui de pays (adoption des lois créant la constitution, la citoyenneté, les institutions nationales québécoises, partage des actifs et de la dette, négociation pour la monnaie, passage des fonctionnaires fédéraux à la Fonction publique québécoise, etc.) - qui risque d'être influencé par la marge de victoire électorale (période inversement proportionnelle à la clarté du verdict) ou le contexte géopolitique qui prévaudra au moment des tractations, il est indéniable que l'élection de ce gouvernement TRANSITOIRE imposera des sacrifices, de la discipline et de la patience. Cependant, une fois franchie cette étape déterminante, il y aura un nécessaire repositionnement des partis politiques. C'est seulement à cette étape, et pas avant, que les Québécois pourront être appelés à choisir le type de société dans laquelle ils pourront vivre. Les partis auront enfin les moyens de réaliser les engagements de leur programme politique. C'est également là que nous pourrons commencer à parler des AVANTAGES de la souveraineté;

4° Le choix du prochain chef ne peut logiquement être fait tant que le parti (les MEMBRES) ne se sera pas positionné clairement sur les points 1°, 2° et 3°. Inutile de dire que ce sera une révolution dans la manière de faire. Le prochain chef ne pourra être un carriériste puisqu'à défaut de réussir l'indépendance le parti sera condamné à l'opposition. Également, ce chef sera plus exactement un "porte-parole", puisque ce sont les membres qui bâtiront le programme. Conséquemment, ce chef se devra d'être un excellent communicateur et pédagogue. En retour, il pourra enfin compter sur l'appui inconditionnel des membres du parti.

5° Le centrage du parti sur l'indépendance ne signifie pas nécessairement "se peinturer dans le coin" pour ce qui est de la gestion provinciale. Il y a bien des problèmes qui peuvent être résolus sans détenir la pleine souveraineté. Nous pourrons continuer à développer des idées pour inciter les gens à voter pour nous. Mais je pense qu'il nous faut pousser beaucoup plus loin, si nous voulons nous démarquer des autres partis, particulièrement des "utopistes" comme l'ADQ: il faut illustrer concrètement (probablement en acceptant des hypothèses qu'il faudra montrer crédibles et réalistes) ce que l'indépendance nous permettrait de faire dans la gestion d'État que notre condition de province nous interdit actuellement. C'est là, essentiellement, par cette pédagogie par l'exemple, que le parti pourra le plus efficacement faire son travail de promotion de la souveraineté; et

6° La quête du pouvoir cesse donc d'être un irritant pour l'avancement de la cause indépendantiste. Si le parti perd une élection, le Québec cesse de se pénaliser puisque c'est le parti qui en assume les conséquences. Bien sûr, une alliance circonstancielle avec un ou d'autres partis contribuerait à augmenter les chances de succès et de faire porter le poids de la cause sur plus d'épaules. Le Québec finirait, tôt ou tard, à devenir indépendant lorsque les électeurs auront enfin compris la futilité du pouvoir provincial.

Vous comprenez maintenant pourquoi, par le choix de ses chefs, son origine et sa mécanique interne le Parti Québécois s'est lui-même privé des moyens de réussir, à la fois pour l'atteinte de son objectif et pour son exercice du pouvoir. Ne répétons donc pas encore les mêmes erreurs, les gens ne nous croient d'ailleurs plus.

Gilles Bousquet, 66 ans, St-Hyacinthe
Date: 2007-06-19 à 19:31

La réflexion de M. Bernard est juste à point si on considère que la souveraineté du Québec est une chose à faire. Ce n'est pas le cas pour celles et ceux qui placent la prise du pouvoir du PQ au coeur de leur action et qui pensent que gouverner le Québec-province va faciliter le chemin vers la souveraineté un de ces jours, ce qui est le contraire de la logique.

Bravo M. Bernard pour votre persévérence pendant qu'il semble n'y avoir qu'une minorité au PQ à acheter votre vision...pour l'instant.

Gilles Bousquet


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