26 novembre 2007

Commission Bouchard-Taylor
Mémoire de monsieur Louis Bernard
par Louis Bernard

<p>Messieurs les Commissaires,</p>

<p>&Eacute;lev&eacute;e dans un Qu&eacute;bec qui, bien qu'ayant ses m&eacute;rites, &eacute;tait tout entier domin&eacute; par les forces du pass&eacute;, la g&eacute;n&eacute;ration qui est la mienne avait, &agrave; l'or&eacute;e de sa vie active, une grande ambition, un grand projet : celui de b&acirc;tir ici un Qu&eacute;bec moderne, c'est-&agrave;-dire ouvert aux valeurs qui ont anim&eacute; la fin du XXe si&egrave;cle : d&eacute;mocratie vivante, la&iuml;cit&eacute; de l'&Eacute;tat, &eacute;galit&eacute; des sexes, respect des droits de la personne, affirmation de la nation qu&eacute;b&eacute;coise. Je crois que, tout compte fait, nous avons assez bien r&eacute;ussi.</p>

<p><b>Le nouveau d&eacute;fi</b><br>
Le d&eacute;fi qui se pose maintenant &agrave; la jeunesse d'aujourd'hui, c'est de faire de ce Qu&eacute;bec moderne un Qu&eacute;bec capable de poursuivre son d&eacute;veloppement en fonction des r&eacute;alit&eacute;s du XXIe si&egrave;cle, c'est-&agrave;-dire, en ce qui touche le domaine analys&eacute; par votre commission, un Qu&eacute;bec pluriel, fran&ccedil;ais mais culturellement diversifi&eacute;. En effet, pour des raisons qui tiennent tant &agrave; sa propre r&eacute;alit&eacute; d&eacute;mographique qu'&agrave; des ph&eacute;nom&egrave;nes mondiaux auxquels il ne saurait &eacute;chapper, comme la mondialisation des &eacute;changes, la mobilit&eacute; des personnes et la libre circulation de l'information, le Qu&eacute;bec de demain, s'il veut &ecirc;tre de son temps, sera, plus que jamais dans son histoire, un amalgame compos&eacute; de communaut&eacute;s humaines diff&eacute;rentes et soumis &agrave; des influences culturelles multiples. Son d&eacute;fi sera donc celui de concilier la fid&eacute;lit&eacute; &agrave; soi-m&ecirc;me et l'ouverture aux autres.</p>

<p>Malheureusement, ce n'est pas un d&eacute;fi facile &agrave; relever. La solution traditionnelle, celle de l'assimilation, ne donne plus les r&eacute;sultats escompt&eacute;s, m&ecirc;me dans des pays comme les &Eacute;tats-Unis d'Am&eacute;rique ou la France o&ugrave; elle avait pr&eacute;valu depuis toujours avec succ&egrave;s. Partout, des solutions plus nuanc&eacute;es s'imposent qui sont plus respectueuses des apports de l'immigration et des communaut&eacute;s culturelles qui en r&eacute;sultent. Il s'agit maintenant d'int&eacute;grer plut&ocirc;t que d'assimiler.</p>

<p><b>L'int&eacute;gration</b><br>
La caract&eacute;ristique principale du processus d'int&eacute;gration, c'est que, contrairement &agrave; celui de l'assimilation, il est g&eacute;n&eacute;rateur de tension sociale.</p>

<p>Qu'est-ce, en effet, qu'int&eacute;grer? C'est faire en sorte que l'autre accepte de changer pour se conformer aux valeurs nationales, tout en conservant certains &eacute;l&eacute;ments importants de sa diversit&eacute;. C'est &ecirc;tre semblable et diff&eacute;rent &agrave; la fois.</p>

<p>Pour que cela soit possible, il faut que la soci&eacute;t&eacute; d'accueil, elle-m&ecirc;me, accepte de changer pour faire une place aux &eacute;l&eacute;ments de diversit&eacute; ainsi conserv&eacute;s. Ce qui, n&eacute;cessairement, g&eacute;n&egrave;re une tension sociale. Pour que cette tension soit &laquo; cr&eacute;atrice &raquo;, comme le souhaite la Commission dans son Document de consultation, il faut que la soci&eacute;t&eacute; int&eacute;gratrice se sente suffisamment s&ucirc;re d'elle-m&ecirc;me, de sa p&eacute;rennit&eacute; culturelle, pour accepter la pr&eacute;sence dans son sein d'&eacute;l&eacute;ments &eacute;trangers qui viennent changer ses modes traditionnels de faire.</p>

<p>En termes savants, je dirais que la propension &agrave; int&eacute;grer d'une soci&eacute;t&eacute; est, en d&eacute;finitive, proportionnelle &agrave; son sentiment de s&eacute;curit&eacute; identitaire. Plus une soci&eacute;t&eacute; est s&ucirc;re de rester elle-m&ecirc;me, plus elle sera ouverte &agrave; admettre dans son sein des &eacute;l&eacute;ments &eacute;trangers qui, avec le temps, pourront s'int&eacute;grer &agrave; son tissu national.</p>

<p><b>La s&eacute;curit&eacute; identitaire</b><br>
C'est cette tension qui, je crois, explique les probl&egrave;mes qui font l'objet de votre Commission. Ces probl&egrave;mes tiennent, pour l'essentiel, &agrave; une cause principale que vous avez vous-m&ecirc;mes identifi&eacute;e dans votre Document de consultation : l'ins&eacute;curit&eacute; culturelle ou identitaire du groupe humain francophone qui forme la grande majorit&eacute; de la population qu&eacute;b&eacute;coise.</p>

<p>Si je viens ici aujourd'hui, c'est pour vous apporter le t&eacute;moignage de quelqu'un qui a particip&eacute; &eacute;troitement aux deux principaux efforts qui ont &eacute;t&eacute; faits, au cours des derni&egrave;res ann&eacute;es, pour att&eacute;nuer ou &eacute;liminer cette ins&eacute;curit&eacute; : l'adoption de la Charte de la langue fran&ccedil;aise en 1977 et la conclusion des accords sur l'immigration avec le gouvernement f&eacute;d&eacute;ral, dont le dernier date de 1991. Je suis fier d'avoir &eacute;t&eacute; l'un des principaux artisans de ces deux mesures : d'abord comme membre de l'&eacute;quipe qui, sous la direction du Dr Camille Laurin et de M. Ren&eacute; L&eacute;vesque, a r&eacute;dig&eacute; et mis en &oelig;uvre la Loi 101; ensuite comme principal n&eacute;gociateur pour le Qu&eacute;bec de l'Accord sur l'immigration de 1991.</p>

<p>Il n'y a pas de doute dans mon esprit que si ces deux gestes importants n'avaient pas &eacute;t&eacute; pos&eacute;s, jamais le Qu&eacute;bec n'aurait pu recevoir le nombre relativement &eacute;lev&eacute; d'immigrants qu'il a accueillis r&eacute;cemment et dont il a absolument besoin assurer son d&eacute;veloppement. L'effet combin&eacute; de ces deux mesures, en effet, a r&eacute;ussi &agrave; renverser la tendance ant&eacute;rieure en vertu de laquelle 80 % des nouveaux arrivants choisissaient de s'int&eacute;grer &agrave; la minorit&eacute; anglophone. Je vous laisse imaginer quelle serait la situation actuelle si la tendance ant&eacute;rieure avait continu&eacute; de pr&eacute;valoir jusqu'&agrave; maintenant.</p>

<p>Mais ce que je viens vous dire aujourd'hui, c'est que ces mesures, quels que soient leurs m&eacute;rites, sont loin d'&ecirc;tre suffisantes pour r&eacute;pondre ad&eacute;quatement &agrave; l'ins&eacute;curit&eacute; culturelle actuelle et pour assurer la p&eacute;rennit&eacute; identitaire des Qu&eacute;b&eacute;cois. Elles ont r&eacute;ussi, pour le moment du moins, &agrave; stopper la d&eacute;gradation de la situation et &agrave; &eacute;viter que tout nouvel arrivant vienne, presque automatiquement, grossir les rangs de la minorit&eacute; anglophone - minorit&eacute; qui, ne l'oublions pas, fait &eacute;galement partie de la majorit&eacute; canadienne et nord-am&eacute;ricaine. Mais il serait illusoire, &agrave; mon avis, d'esp&eacute;rer qu'avec le simple passage du temps, ces mesures seront capables d'assurer aux francophones le sentiment de s&eacute;curit&eacute; identitaire dont ils ont besoin pour ouvrir grande leur porte &agrave; l'immigration et &agrave; la diversit&eacute;. Pour cela, il faudra aller beaucoup plus loin. Voyons pourquoi.</p>

<p><b>La Charte de la langue fran&ccedil;aise</b><br>
Dans son texte original, tel qu'il fut adopt&eacute; par l'Assembl&eacute;e nationale, la Charte de la langue fran&ccedil;aise allait aussi loin qu'il &eacute;tait possible d'aller dans l'affirmation du caract&egrave;re fran&ccedil;ais du Qu&eacute;bec. En r&eacute;alit&eacute;, elle allait plus loin que ne lui permettait de le faire la Constitution canadienne : ses dispositions concernant la langue des lois et r&egrave;glements, la langue des tribunaux et la langue de l'affichage commercial furent rapidement invalid&eacute;es par la Cour supr&ecirc;me du Canada. Puis les crit&egrave;res d'acc&egrave;s &agrave; l'&eacute;cole anglaise qu'elle avait pr&eacute;vus furent remplac&eacute;s, malgr&eacute; l'opposition du Qu&eacute;bec, par ceux de la Charte canadienne des droits et libert&eacute;s, avec des effets qui ne sont pas encore pleinement connus puisqu'ils font encore l'objet de discussions devant les tribunaux. </p>

<p>En &eacute;tant ainsi d&eacute;pouill&eacute;e de ses aspects les plus symboliques et les plus voyants, la Loi 101 a rat&eacute; son principal objectif qui &eacute;tait de b&acirc;tir ici un Qu&eacute;bec qui soit ostensiblement et essentiellement fran&ccedil;ais. Ce caract&egrave;re ostensible de la nature fran&ccedil;aise du Qu&eacute;bec &eacute;tait la cl&eacute; de voute de l'int&eacute;gration des immigrants &agrave; la majorit&eacute; francophone par le jeu souhait&eacute; de la pression sociale qui, naturellement, am&egrave;ne l'immigrant &agrave; s'int&eacute;grer volontairement de lui-m&ecirc;me &agrave; son nouveau pays. Car c'est cette pression sociale qui, dans tous les pays, est l'instrument principal de l'int&eacute;gration des immigrants.</p>

<p>Malgr&eacute; la Loi 101, le Qu&eacute;bec est donc rest&eacute; une contr&eacute;e bilingue. Nous y reviendrons.</p>

<p><b>Les accords sur l'immigration</b><br>
En vertu de l'Accord de 1991 sur l'immigration, le Qu&eacute;bec s'est non seulement vu confirmer son r&ocirc;le quant au recrutement des immigrants &agrave; l'&eacute;tranger mais il a, de plus, pris la place du gouvernement f&eacute;d&eacute;ral en ce qui concerne l'int&eacute;gration des immigrants, recevant m&ecirc;me une compensation financi&egrave;re pour le faire. Il n'y a pas de doute qu'il s'agit-l&agrave; d'une entente avantageuse qui renforce consid&eacute;rablement les pouvoirs du Qu&eacute;bec &agrave; l'&eacute;gard des immigrants. Personnellement, je ne vois pas comment on pourrait aller beaucoup plus loin dans ce genre d'entente - laquelle, d'ailleurs, a &eacute;t&eacute; conclue &agrave; un moment o&ugrave; le Qu&eacute;bec &eacute;tait, dans le cadre des discussions des Accords du Lac Meech, dans une position de n&eacute;gociation de force qui ne s'est jamais reproduite depuis.</p>

<p>Et pourtant, malgr&eacute; cette entente, le Qu&eacute;bec reste toujours un gouvernement subordonn&eacute; en mati&egrave;re d'immigration. L'Accord de 1991, qui devait &ecirc;tre constitutionnalis&eacute; suivant les Accords du Lac Meech, ne l'a pas &eacute;t&eacute; et reste donc une simple entente administrative qui n'a rien chang&eacute; au statut subalterne du Qu&eacute;bec en cette mati&egrave;re. Le Canada conserve enti&egrave;rement sa comp&eacute;tence pr&eacute;pond&eacute;rante en mati&egrave;re d'immigration; il reste le seul responsable de l'attribution de la citoyennet&eacute; (une question cruciale pour l'immigrant) et a une comp&eacute;tence exclusive &agrave; l'&eacute;gard des aubains (c'est-&agrave;-dire sur le s&eacute;jour au Canada des non-citoyens). Les immigrants, par ailleurs, peuvent toujours, s'ils le d&eacute;sirent, faire affaires en anglais avec les services du gouvernement f&eacute;d&eacute;ral au Qu&eacute;bec et la politique canadienne du multiculturalisme continue de s'appliquer au Qu&eacute;bec comme auparavant, ainsi que le stipule express&eacute;ment une clause de l'Accord de 1991. Il est donc clair pour l'immigrant que, m&ecirc;me s'il est au Qu&eacute;bec, il est dans un pays bilingue. La pression sociale en faveur du fran&ccedil;ais en est forc&eacute;ment diminu&eacute;e, surtout que dans la vie de tous les jours, que ce soit au travail ou dans les m&eacute;dias, l'anglais est omnipr&eacute;sent.</p>

<p><b>Le Qu&eacute;bec n'est pas un pays fran&ccedil;ais</b><br>
Une conclusion tr&egrave;s importante d&eacute;coule de qui pr&eacute;c&egrave;de : malgr&eacute; tous les efforts mis en &oelig;uvre pour b&acirc;tir ici un Qu&eacute;bec fran&ccedil;ais, celui-ci est rest&eacute;, en droit et en fait, une contr&eacute;e bilingue. </p>

<p>En proclamant, par son article 1, que &laquo; le fran&ccedil;ais est la langue officielle du Qu&eacute;bec &raquo;, la Loi 101 a pu cr&eacute;er l'illusion que le Qu&eacute;bec serait effectivement un pays fran&ccedil;ais et que le fran&ccedil;ais serait la seule la langue qui y soit officielle. M&ecirc;me la Commission, dans son Document de consultation, adopte ce point de vue, le mettant m&ecirc;me &agrave; la base de sa d&eacute;marche. Vous me permettrez, &agrave; cet &eacute;gard, de r&eacute;f&eacute;rer au texte du Document de consultation de la Commission.</p>

<p>&agrave; la page 13, sous le titre &laquo; Le fran&ccedil;ais comme langue publique commune &raquo;, on y lit : <b>&laquo; Au Qu&eacute;bec, le fran&ccedil;ais est la langue officielle. &raquo;</b> [les caract&egrave;res gras sont ceux de la Commission]. Cela, malheureusement, est inexact : dire que, au Qu&eacute;bec, le fran&ccedil;ais est la langue officielle, c'est affirmer qu'il n'y en n'a pas d'autre. Or l'anglais est indiscutablement une langue officielle au Qu&eacute;bec dans toutes les lois, les institutions et les organismes qui rel&egrave;vent du gouvernement f&eacute;d&eacute;ral. L'anglais est m&ecirc;me officiel &agrave; l'Assembl&eacute;e nationale, dans les lois qu&eacute;b&eacute;coises et devant les tribunaux du Qu&eacute;bec. C'est &eacute;galement le cas pour les nombreux domaines r&eacute;gis par des lois f&eacute;d&eacute;rales : immigration, citoyennet&eacute;, t&eacute;l&eacute;communications, transport a&eacute;rien, ferroviaire et maritime, commerce bancaire, douane, monnaie, commerce interprovincial, brevets et marques de commerce, et combien d'autres. Pour &ecirc;tre exact, il faudrait donc dire : &laquo; Au Qu&eacute;bec, le fran&ccedil;ais est une langue officielle. &raquo;. Vous admettrez que ce n'est pas la m&ecirc;me chose.</p>

<p>Au fait, tout ce chapitre du Document de consultation de la Commission - chapitre qui sert de base &agrave; son analyse de la situation - est fond&eacute; sur cette fausse pr&eacute;misse que le fran&ccedil;ais est la langue officielle, que le fran&ccedil;ais est la langue publique commune, que &laquo; l'&Eacute;tat &raquo; s'est engag&eacute; &agrave; faire la promotion du fran&ccedil;ais comme langue publique commune, en oubliant qu'au Qu&eacute;bec, &laquo; l'&Eacute;tat &raquo; est compos&eacute; de deux gouvernements. En somme, on fait &laquo; comme si &raquo; le Qu&eacute;bec n'avait qu'un seul gouvernement, qu'une seule langue officielle et qu'une seule langue publique commune. </p>

<p>Une telle confusion risque, &eacute;videmment, de fausser l'analyse et d'invalider les solutions propos&eacute;es. Certains probl&egrave;mes, en effet, proviennent pr&eacute;cis&eacute;ment du fait que le Qu&eacute;bec est une contr&eacute;e bilingue et certaines solutions, qui seraient valables si le Qu&eacute;bec &eacute;tait un pays fran&ccedil;ais, deviendront inefficaces dans un Qu&eacute;bec effectivement bilingue.</p>

<p><b>La conclusion qui s'impose</b><br>
De tout ceci, une conclusion s'impose. Si on veut vraiment r&eacute;gler le probl&egrave;me, il faut &eacute;viter de faire &laquo; comme si &raquo;, de se cr&eacute;er des illusions et de vivre dans un pays imaginaire. Le Qu&eacute;bec n'est pas un pays fran&ccedil;ais et ne pourra jamais le devenir tant qu'il fera partie de la f&eacute;d&eacute;ration canadienne o&ugrave; toutes les lois et une grande partie des institutions et des organismes publics sont et resteront toujours bilingues.</p>

<p>Il faut voir la r&eacute;alit&eacute; en face. Dans un Qu&eacute;bec o&ugrave; la majorit&eacute; francophone compte pour moins de 2 % de la population anglo-saxonne environnante, le degr&eacute; de pression sociale qui serait n&eacute;cessaire pour permettre l'int&eacute;gration naturelle des immigrants &agrave; la majorit&eacute; francophone, ne sera jamais assez &eacute;lev&eacute; tant que l'immigrant n'aura pas le sentiment de vivre ici, non pas dans un pays bilingue, mais dans un pays fran&ccedil;ais, et tant qu'il pourra consid&eacute;rer le gouvernement canadien comme le gouvernement &laquo; s&eacute;nior &raquo; qui a la main haute sur l'octroi de la citoyennet&eacute;, le s&eacute;jour au pays et la comp&eacute;tence pr&eacute;pond&eacute;rante en mati&egrave;re d'immigration. Et par ailleurs, son all&eacute;geance au Qu&eacute;bec restera toujours al&eacute;atoire tant qu'il pourra, tout en conservant son statut d'immigrant re&ccedil;u, quitter le Qu&eacute;bec pour poursuivre sa r&eacute;sidence dans une autre province canadienne.</p>

<p>Historiquement, la soci&eacute;t&eacute; qu&eacute;b&eacute;coise a toujours &eacute;t&eacute;, quoiqu'on dise, une soci&eacute;t&eacute; accueillante, d&eacute;sireuse d'admettre en son sein les gens provenant des quatre coins du monde. Elle l'a montr&eacute; dans le pass&eacute; puisque qu'elle a r&eacute;ussi &agrave; int&eacute;grer, au cours de ses quatre cents ans d'histoire, un grand nombre d'immigrants venus d'Irlande, d'Europe, d'Ha&iuml;ti et d'ailleurs. Ceux qu'on appelle &laquo; les Qu&eacute;b&eacute;cois de souche &raquo; forment en r&eacute;alit&eacute; une communaut&eacute; humaine longuement m&eacute;tiss&eacute;e qui, gr&acirc;ce &agrave; son exceptionnelle f&eacute;condit&eacute; et &agrave; son relatif isolement, a su int&eacute;grer un grand nombre d'autochtones et de nouveaux venus.</p>

<p>Mais la natalit&eacute; &eacute;lev&eacute;e et l'isolement sont des choses du pass&eacute;. Pour que cette attitude d'accueil puisse se perp&eacute;tuer, il y a d&eacute;sormais un pr&eacute;alable, celui de la s&eacute;curit&eacute; identitaire. La francophonie qu&eacute;b&eacute;coise ayant pris conscience de sa fragilit&eacute; en Am&eacute;rique du Nord, il y a un r&eacute;el danger qu'elle soit amen&eacute;e &agrave; vouloir limiter l'immigration et &agrave; refuser la diversit&eacute; de crainte de mettre en danger sa p&eacute;rennit&eacute; culturelle. La chose serait d'autant plus malheureuse que son d&eacute;veloppement exigerait le contraire.</p>

<p>J'en conclus que si on veut construire ici un Qu&eacute;bec qui soit ax&eacute; sur les valeurs du XXIe si&egrave;cle, qui soit une soci&eacute;t&eacute; ouverte &agrave; la diversit&eacute; culturelle, une soci&eacute;t&eacute; plurielle, en croissance d&eacute;mographique et socialement dynamique, il faut, d'abord et au pr&eacute;alable, assurer la s&eacute;curit&eacute; identitaire de la francophonie qu&eacute;b&eacute;coise. Et cela ne peut se faire, &agrave; mon avis, sans construire ici un Qu&eacute;bec qui soit, en droit et dans sa r&eacute;alit&eacute;, un pays fran&ccedil;ais.</p>

<p>&Eacute;videmment, le Qu&eacute;bec ne pourra jamais &ecirc;tre v&eacute;ritablement un pays fran&ccedil;ais, un pays o&ugrave; le fran&ccedil;ais n'est pas une langue officielle mais la langue officielle, tant que le Qu&eacute;bec restera une province canadienne. Et c'est ce qui rend imp&eacute;rative la souverainet&eacute; du Qu&eacute;bec. Mais cela n'a rien &agrave; voir avec le bon ou le mauvais fonctionnement du f&eacute;d&eacute;ralisme canadien, ni avec l'attitude hostile ou favorable du Canada anglais &agrave; l'&eacute;gard du Qu&eacute;bec : cela d&eacute;coule uniquement des exigences internes de la soci&eacute;t&eacute; qu&eacute;b&eacute;coise et des conditions n&eacute;cessaires &agrave; son &eacute;panouissement. Nos compatriotes canadiens doivent comprendre que si nous voulons avoir notre propre pays, ce n'est pas que nous ne les aimons pas, mais tout simplement que, compte tenu de notre r&eacute;alit&eacute; d&eacute;mographique et de la mondialisation des &eacute;changes, c'est une n&eacute;cessit&eacute; vitale pour assurer notre d&eacute;veloppement et la perp&eacute;tuation de notre propre identit&eacute;.</p>

<p>Je souhaite que votre Commission ait le courage d'aller au fond des choses et de voir la r&eacute;alit&eacute; telle qu'est est. Pour y arriver, je vous sugg&egrave;re de faire, &agrave; la fin de vos travaux, l'exercice de placer vos recommandations d'abord dans le contexte d'un Qu&eacute;bec-province et, ensuite, dans le contexte d'un Qu&eacute;bec-pays - puis de comparer les r&eacute;sultats. Vous verrez tout de suite la diff&eacute;rence.</p>

Mémoire présenté le 26 novembre 2007 devant la commission.

Ce texte a été publié sur le site de Louis Bernard : www.LouisBernard.org.
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