02 avril 2007


Pour un PQ souverainiste
par Louis Bernard

Il est essentiel à la survie même du Parti Québécois que celui-ci fasse, dans un avenir rapproché et d'une manière approfondie, un réexamen de son positionnement politique à la lumière du résultat des dernières élections.

Le positionnement politique actuel du Parti Québécois repose sur la combinaison de deux éléments : la réalisation de la souveraineté et la mise en oeuvre d'un programme de gouvernement axé sur la social-démocratie. Lors de son dernier Congrès, à la suite de « la saison des idées », un compromis a été conclu entre les deux tendances qui dominent les différentes instances du PQ en vertu duquel les « progressistes » ont obtenu une radicalisation vers la gauche du programme de gouvernement tandis que les « purs et durs » obtenaient la promesse de tenir un référendum sur la souveraineté le plus tôt possible au cours du prochain mandat.

Le résultat des dernières élections montre les limites d'un tel positionnement. L'accent mis sur la social-démocratie ne répond pas aux attentes de cette partie de la population qui se situe soit au centre, soit à droite. Et la perspective d'un référendum hâtif fait peur à beaucoup de gens qui, bien qu'ils soient favorables à l'indépendance, ne veulent surtout pas prendre le risque d'un troisième échec. De sorte que le PQ ne peut pas faire le plein de tous les votes qui, normalement, devraient lui être acquis.

Pour se repositionner vraiment, le PQ, à mon avis, ne peut éviter de faire un choix fondamental : soit mettre en sourdine le projet de souveraineté au profit d'un programme renouvelé de gouvernement ou, au contraire, mettre en veilleuse le programme de gouvernement au profit de la question nationale. Dans les circonstances actuelles, essayer de continuer à combiner les deux ne mène nulle part.

Pour ma part, je propose que le Parti Québécois se repositionne non seulement en mettant clairement la souveraineté au centre de son programme et en orientant dorénavant toute son action vers la promotion et la préparation de la souveraineté, mais également en se refusant d'avance et explicitement à gouverner le Québec-province. Pour que cela soit bien clair, le PQ, d'une part, demanderait aux électeurs de ne pas voter pour lui s'ils ne sont pas prêts à faire l'indépendance et, d'autre part, promettrait de tenir un référendum immédiatement après son élection sur la question suivante : « Acceptez-vous que le Québec devienne un pays souverain et indépendant ? Oui ou Non. ». Advenant que ce référendum soit perdu, le PQ s'engagerait à démissionner immédiatement, se refusant à gouverner le Québec-province.

Un tel repositionnement aura, à mon avis, plusieurs avantages, dont le principal est celui de la clarté démocratique en séparant nettement la question de la souveraineté de celle du bon gouvernement.

De cette façon, tous ceux qui sont favorables à la souveraineté pourront voter pour le Parti Québécois, quelle que soit leur orientation politique de droite, de gauche ou de centre. Car, en votant pour le Parti Québécois, on ne votera que pour l'indépendance puisque le seul mandat demandé par le PQ sera celui de mettre en oeuvre le chapitre de son programme portant sur la souveraineté, les autres chapitres ne servant qu'à orienter les prises de position du PQ si celui-ci, n'ayant pas gagné les élections, siégeait dans l'Opposition.

Je propose enfin que le PQ précise le plus explicitement possible dans son programme la manière dont se fera la souveraineté, afin que la population ait l'assurance que la transition pourra se faire correctement. Il faudra dire clairement qu'après un référendum gagnant, le Québec ne deviendra pas souverain instantanément, du jour au lendemain, mais qu'au contraire il y aura une période de négociation avec le reste du Canada (à laquelle celui-ci est d'ailleurs contraint par la Cour suprême) pour assurer une accession ordonnée à la souveraineté. C'est ainsi que la continuité des services qui sont actuellement dispensés par le gouvernement fédéral pourra être garantie et la reconnaissance internationale du Québec assurée. Quant aux modalités de cette négociation, il faudra bien sûr les préciser, mais on en retrouve déjà les principaux éléments dans le projet de loi sur la souveraineté du Québec déposé à l'Assemblée nationale par M. Jacques Parizeau dans le cadre du référendum de 1995.

Une telle façon de procéder règlerait également certains problèmes accessoires, mais importants, qui ont toujours encombré le débat, comme la date du référendum ou le texte de la question référendaire. Le référendum aura lieu quand les électeurs eux-mêmes auront dit, en élisant le PQ souverainiste, qu'ils sont prêts à le tenir. Elle devrait également réconcilier les tenants du référendum et ceux qui préconisent plutôt une élection référendaire puisqu'elle propose la tenue d'une élection pré-référendaire, suivie immédiatement d'un référendum.

Une fois élu, le PQ aura comme seul mandat de mener le Québec à son indépendance. Il devra, évidemment, continuer à administrer le Québec pour assurer la continuité des affaires, mais il mettra toutes ses énergies à organiser et à gagner le référendum. Et ensuite, à négocier les modalités de l'accession du Québec à l'indépendance, puis à mettre en place des principales institutions d'un Québec souverain, y compris la nécessaire décentralisation des pouvoirs en faveur des régions. Cela occupera l'essentiel de son mandat.

Évidemment, une fois la souveraineté faite, le Parti québécois se donnera un programme de gouvernement afin de le proposer aux électeurs lors de la première élection générale qui suivra l'indépendance. Mais il faut souligner qu'il en sera largement de même pour tous les autres partis puisque le Québec aura alors acquis de nouvelles responsabilités sur lesquelles les programmes actuels de tous les partis sont muets : droit criminel, aide internationale, défense, transport, etc.

Personnellement, je suis convaincu que le développement de la nation québécoise exige qu'elle devienne pleinement responsable d'elle-même afin de pouvoir aller au bout de ses potentialités. Le grand projet de société dont on parle tant, c'est précisément celui de se donner un pays - un pays que nous pourrons ensuite construire à notre goût suivant ce que nous déciderons démocratiquement d'en faire. Car si le Québec choisit de devenir indépendant, ce sera pour devenir responsable de lui-même et maître de ses choix, contrôler l'ensemble de ses moyens et parler en son propre nom aux autres nations - et non pour régler les problèmes du fédéralisme, raccourcir les listes d'attentes dans les hôpitaux ou geler les frais de scolarité universitaires.

Le Parti Québécois a été créé, d'abord et avant tout, pour faire l'indépendance du Québec. Plus qu'un simple parti politique, il a également été conçu comme un mouvement d'éducation politique pour faire la promotion de la souveraineté comme instrument d'épanouissement de la nation québécoise. Ayant été appelé par les circonstances à gouverner le Québec, il a développé un programme politique de gouvernement qui, avec le temps, a pris le pas sur son objectif fondamental. Le temps est venu de revenir à l'essentiel. Le Québec d'aujourd'hui n'a pas besoin d'un PQ qui ne serait qu'un autre parti de centre ou de gauche, il a besoin d'un parti souverainiste dont la tâche première sera de le conduire à sa pleine maturité politique.

Texte publié dans La Presse du 3 avril 2007.

Ce texte a été publié sur le site de Louis Bernard : www.LouisBernard.org.
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