LA RECONNAISSANCE INTERNATIONALE
(Montréal, 25 octobre 2005) Il ne suffit pas que le Québec déclare son indépendance pour recevoir la reconnaissance des autres États, être accepté par la communauté internationale et devenir membre de l’Organisation des Nations Unies.
Au contraire, la reconnaissance du Québec par les autres pays relève de chacun d’entre eux. Chaque pays demeure entièrement libre de décider s’il reconnaîtra ou non la déclaration d’indépendance du Québec. Quant à l’ONU, il n’y a aucun cas d’admission d’un pays sécessionniste sans l’accord du pays d’origine.
Si le Québec déclare son indépendance unilatéralement sans l’accord du Canada, il ne pourra demander la reconnaissance des autres pays que s’il est en mesure de démontrer qu’il a le contrôle effectif et exclusif de son territoire. C’est ce qu’on appelle la doctrine de l’effectivité. Et même si le Québec était en mesure de faire cette démonstration, les autres pays ne seraient pas obligés de le reconnaître et pourraient quand même refuser de le faire.
Pour démontrer qu’il a le contrôle effectif et exclusif de son territoire, le Québec devra prouver que seules les lois québécoises s’y appliquent et qu’il est en mesure d’y maintenir l’ordre public et en assurer la défense contre les interventions extérieures. Il va de soi que, si la déclaration de souveraineté était faite unilatéralement au lendemain de la victoire référendaire, aucune de ces conditions ne serait réalisée. Il serait impensable, en effet que, du jour au lendemain, les lois fédérales cessent de s’appliquer au Québec, que tous les fonctionnaires fédéraux se retrouvent sans emploi et tous les contribuables cessent de payer leurs taxes et impôts canadiens. Il est donc clair que le Québec, malgré sa déclaration d’indépendance, n’aurait pas le contrôle effectif de son territoire et, en conséquence, ne pourrait obtenir la reconnaissance des autres pays dès le lendemain du référendum: il serait même malvenu de la demander. Sa déclaration d’indépendance n’aurait donc aucun effet. Ce serait une déclaration bidon dont personne ne tiendrait compte et par laquelle nous risquerions de mettre en cause le sérieux de notre démarche.
Malheureusement, une telle déclaration prématurée ne serait pas qu’inutile : elle risquerait de compromettre notre accession à la souveraineté. Elle donnerait, en effet, une justification au Canada pour refuser de négocier avec le Québec, comme la Cour Suprême lui en a fait une obligation constitutionnelle. Et elle mettrait les députés du Bloc Québécois dans une situation intenable : ou bien ils vont siéger à Ottawa en ignorant la déclaration de Souveraineté de l’Assemblée nationale (au grand plaisir d’Ottawa), ou bien ils démissionnent de leur poste au moment où leur présence au Parlement fédéral serait d’une importance capitale pour l’accession du Québec à son indépendance.
Par contre, si, après des négociations avec Ottawa, le Québec déclare son indépendance avec l’accord du Canada, la reconnaissance des autres États sera quasiment automatique et son entrée à l’ONU pratiquement assurée.
La voie de la négociation avec Ottawa sur la mise en œuvre de la souveraineté et la passation des pouvoirs est donc la voie qu’il faut privilégier. C’est d’ailleurs la voie qui a été proposée par M. Parizeau lors du référendum de 1995.
Cette négociation ne portera pas sur l’indépendance, mais uniquement sur la passation des pouvoirs afin que la transition de fasse correctement et de façon ordonnée, comme le PQ l’a toujours promis. Et cette négociation aura lieu parce que le Canada y trouvera son intérêt, ne serait-ce que pour que nous acceptions d’assumer notre part de la dette canadienne et de maintenir le libre échange entre nos deux pays.
En cas d’échec de la négociation ou de mauvaise foi du Canada, le Québec pourra évidemment proclamer unilatéralement son indépendance. Mais alors, il aura pris le temps de bien la préparer et il aura toutes les raisons pour la justifier et en expliquer la nécessité à sa population, au milieu des affaires et aux pays étrangers.
APPUI DE PIERRE CHAGNON
(Montréal, 17 octobre 2005)
Je suis membre du Parti Québécois depuis des lunes et souverainiste depuis l'age de raison. Outre sa carrière remarquable au service de notre patrie, j'apprécie les positions marquées de Monsieur Bernard à titre de candidat à la direction du Parti Québécois. Il a mon vote sans l'ombre d'une hésitation.
LA CULTURE
(Trois-Rivières, 12 octobre 2005, réécrit d'après le discours de Louis Bernard)
Parce qu’à Québec, il y a un Ministère des Affaires culturelles, et qu’il n’y en a pas à Ottawa, on s’imagine que c’est le gouvernement québécois est responsable de notre culture. Malheureusement, ce n’est pas le cas.
Par exemple, le Québec n’a rien à dire dans des domaines aussi importants pour la diffusion de la culture que l’attribution des ondes hertziennes, celle des licences de radio et de télévision, ou celle des permis de radio par satellite. Combien y aura-t-il de stations françaises à Montréal, et combien de stations anglaises ? C’est uniquement Ottawa qui décide, sans même demander l’avis du Québec.
Plus grave encore : le Québec n’a rien à dire non plus dans le contenu des émissions de radio ou de télévision. Quelle genre de programmation et combien d’heures de production québécoise par jour? C’est encore Ottawa qui décide. Même une affaire purement québécoise comme celle de Jeff Filion a été décidée à Ottawa par des gens nommés par le gouvernement fédéral !
Notre principal diffuseur public, Radio-Canada, relève entièrement du gouvernement fédéral. Même chose pour l’Office national du film.
Le cinéma ? C’est Téléfilm Canada qui en est le principal maître d’œuvre, avec un budget annuel de 230 M$.
Les subventions aux institutions culturelles et aux artistes? Dans bien des domaines, les subventions les plus importantes proviennent du Conseil des Arts du Canada, qui dépense à cet égard une somme annuelle de 132 M$.
Le droit d’auteur ? C’est le Parlement fédéral qui a compétence exclusive, et c’est lui qui a mis sur pied le programme de redevances pour les ouvrages en bibliothèque.
Les revues et les journaux ? C’est Poste Canada qui fixe les tarifs postaux une question de vie ou de mort pour ces publications.
Et la scène internationale ? On n’en parle même pas : le Québec n’y est tout simplement reconnu et ne peut y parler de sa culture que si le Canada lui permet de le faire dans le cadre d’un délégation canadienne. Pour Ottawa (et on vient de nous le répéter), il n’y a qu’une seule nation au Canada, et elle ne doit parler que d’une seule voix sur la scène du monde.
Pourtant, s’il y a un domaine où il serait essentiel que le Québec ait la pleine maîtrise de ses moyens, est-ce que ce n’est pas celui de la culture? Quand c’est Ottawa qui décide des budgets, des orientations, des nominations, dans quel intérêt les décisions sont-elles prises? Dans l’intérêt du Canada, ou dans celui du Québec ? La réponse est évidente, comme l’est également la solution.
Car il n’y a qu’une seule manière de développer pleinement notre culture et de sécuriser notre langue : c’est de faire l’indépendance du Québec.
La souveraineté, toutefois, ne se fera pas toute seule. Si nous la voulons, c’est à nous de la faire. Le Parti Québécois a eu la Saison des idées, il doit maintenant avoir la Saison de la mobilisation et de l’action politique sur le terrain pour faire avancer l’indépendance du Québec dans le cœur et l’esprit de nos compatriotes de toutes les origines.
C’est ce que je m’engage à faire quand je serai le chef du Parti. Dès le 16 novembre, je serai avec les membres, sur le terrain, pour qu’avec le Bloc Québécois, nous fassions la promotion de la souveraineté. Ce sera mon seul emploi, et j’y travaillerai à plein temps, et pendant le temps qu’il faudra.
Je n’aurai qu’une ambition. Je n’aurai qu’un objectif. Faire du Québec un pays francophone, un pays solidaire, un pays culturellement créatif et diversifié, un pays dont nous pourrons dire avec fierté: c’est mon pays !
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LA SAISON DE L'ACTION POLITIQUE!
(Montréal, 11 octobre 2005)
Le Parti Québécois croit que l’indépendance est nécessaire à la construction d’un pays démocratique, francophone, ouvert, productif, respectueux de l’environnement, pacifique, créatif, moderne et fier de lui. Le Parti Québécois est aussi convaincu qu’il est plus urgent que jamais de la faire. C’est pourquoi il a inscrit à son nouveau programme l’engagement de tenir un référendum « le plus tôt possible à l’intérieur du prochain mandat ».
Personnellement, je crois que le référendum devrait suivre immédiatement la victoire électorale. Il y a pour cela plusieurs raisons.
D’abord, l’expérience prouve que, lorsque le PQ est au pouvoir, les charges du gouvernement sont si lourdes et exigeantes que ses dirigeants n’ont guère le temps de faire la promotion de la souveraineté. La charge de travail du Premier ministre l’occupe à plein temps, et c’est la même chose pour les autres ministres. Fatalement, toutes les énergies sont mises à la gouvernance et, même si on souhaite le contraire, il reste peu de temps pour l’action politique sur le terrain.
Ensuite, l’exercice même du pouvoir ne fait pas que des heureux, surtout en période d’austérité budgétaire. Nous en savons quelque chose depuis les conflits syndicaux de 1982 pour lesquels plusieurs salariés de l’État nous gardent encore rancune.
Enfin, tout répit donnera le temps à nos adversaires de se remettre de la défaite électorale et d’organiser la résistance au référendum annoncé pour plus tard. Tandis qu’un référendum rapide nous permettra de profiter de l’élan de la victoire électorale et de l’enthousiasme de nos troupes victorieuses et bien préparées.
C’est donc tout de suite qu’il faut faire la promotion de l’indépendance et préparer les esprits par un travail intensif sur le terrain. Et, à cette fin, il est urgent de recentrer l’action du Parti Québécois sur sa mission première et en faire rapidement un instrument efficace d’action politique. De la Saison des idées, il faut maintenant passer à la Saison l’action sur le terrain. Mobiliser le Parti Québécois et cimenter l’alliance avec le Bloc. Former et dynamiser nos militants, leur donner des moyens d’action et leur fixer des objectifs précis. Pour cela, le chef doit être sur le terrain, avec les troupes, et il doit s’assurer que les députés, les cadres du Parti et le secrétariat national appuient les militants de chaque circonscription.
C’est la ligne de conduite que je m’engage à suivre comme chef du Parti Québécois. Dès mon élection, je consacrerai tous mes efforts à la mobilisation du Parti pour en faire un instrument efficace d’action politique sur le terrain. J’y travaillerai à plein temps et ne deviendrai chef de l’opposition officielle, à Québec, que lorsque que cette tâche de mobilisation aura été accomplie et que le travail de conviction auprès de nos concitoyens aura été bien engagé.
Lors des prochaines élections, la question nationale sera forcément au centre des débats. Selon moi, nous devrons nous présenter carrément et ouvertement comme un parti souverainiste qui veut faire à court terme l’indépendance du Québec, sans détour. Car il importe que nous soyons élus pour la bonne raison : celle de faire l’indépendance. Il serait néfaste, en effet, de gagner tout simplement parce que les électeurs veulent se débarrasser du gouvernement Charest, l’un des pires que le Québec ait connus. Car, alors, comment s’assurer que les Québécois seraient prêts à voter Oui lors du référendum que nous nous sommes engagés à tenir au cours de notre prochain mandat ? Ce serait risquer de perdre cette troisième chance, après être venus si près de gagner la deuxième. Pour ne pas courir ce risque, il vaudrait mieux dire aux électeurs : ce Québec solidaire que nous voulons construire demande le plein contrôle de nos ressources et de notre parlement ; si vous ne le voyez pas ainsi, ne votez pas pour nous !
Pour gagner une telle élection pré-référendaire, nous devrons avoir convaincu nos concitoyens de l’importance de nous donner un pays bien à nous. Notre programme décrit très bien le genre de pays que nous voulons construire. Mais pour y arriver, nous devrons mettre l’accent sur la nécessité de récupérer d’abord la pleine maîtrise de nos lois, de nos impôts et de notre présence internationale. Nous devrons parler de notre capacité à nous gouverner nous-mêmes, de faire nos propres choix et d’être pleinement responsables de notre destin. De la possibilité que nous aurons de choisir nos propres institutions politiques, de rédiger notre propre constitution et d’organiser notre pays et ses régions. De l’assurance que nous aurons de mieux préserver notre identité culturelle française. De la présence que nous aurons enfin sur la scène internationale pour défendre nos intérêts et faire valoir nos succès.
Mais pour cela, il faut nous retrousser les manches, reprendre le bâton du pèlerin et canaliser toutes nos énergies sur la promotion de la souveraineté. À tous les niveaux du Parti, du chef jusqu’à chacun des militants.
APPUI DE CORINNE CÔTÉ-LÉVESQUE
(Montréal, 10 octobre 2005)
J’ai connu Louis Bernard vers 1970. A la suite d’études supérieures qu’il avait menées à la prestigieuse London School of Economics, il était devenu haut-fonctionnaire en pleine Révolution tranquille. Fidèle à ses convictions, il avait abandonné les perspectives de carrière qui s’offraient à lui pour occuper le poste de chef de cabinet de la toute nouvelle aile parlementaire du Parti Québécois, issue des élections du 29 avril 1970. Ce poste n’avait rien d’une sinécure. Malgré ses 23% du vote, le Parti Québécois n’avait fait élire que sept députés et René Lévesque n’était pas du nombre. L’élection générale de 1973 allait porter le pourcentage des appuis à 30%, mais ne donner que six députés au Parti Québécois. René Lévesque n’en était toujours pas. La situation créait des difficultés. Le talent et la diplomatie de Louis Bernard ont permis d’éviter qu’elle ne tourne en une crise qui aurait pu être fatale au jeune parti politique.
En 1976, Louis Bernard a été responsable de la stratégie qui a mené le P.Q. à la victoire, le 15 novembre. Par la suite, il a été successivement et rapidement, d’abord chef de cabinet de René Lévesque, ensuite sous ministre, le temps d’élaborer et de faire adopter la Loi sur le financement des partis politiques et la Loi sur les consultations populaires, enfin secrétaire-général du gouvernement, c’est-à-dire sous-ministre du premier ministre et premier fonctionnaire de l’État. A ce titre, Louis Bernard a été de tous les dossiers. A maintes occasions au cours des années de pouvoir, René m’a vanté l’intelligence, la sagesse et l’expérience de ce précieux collaborateur.
A sa vaste expérience de l’appareil de l’état, Louis Bernard a ajouté celle des milieux financiers et des grands dossiers dans lesquels il a agi à titre de consultant. Tout naturellement, Jacques Parizeau a fait appel à lui afin de mettre au point la position du Québec en vue des pourparlers avec le gouvernement canadien au lendemain du OUI au référendum qui, hélas!, nous a échappé de justesse.
Louis Bernard a surpris tout le monde en se portant candidat à la direction du Parti Québécois. C’est pourtant l’aboutissement normal d’une carrière au service du Québec et de sa souveraineté. Les autres principaux candidats à la direction du Parti Québécois ont chacun leurs talents. Louis Bernard se démarque cependant par sa vaste expérience, sa connaissance des enjeux et sa capacité de mener le navire de la souveraineté à bon port. C’est donc pour lui que je voterai, consciente, ce faisant, de m’inscrire dans la mouvance de la pensée et de l’action de René Lévesque.
- Corinne Côté-Lévesque
UNE TRANSITION BIEN PRÉPARÉE
(Montréal, 19 septembre 2005)
Une déclaration de souveraineté ou d’indépendance est un geste solennel que pose un pays pour proclamer que, dorénavant, son gouvernement exerce une autorité complète et souveraine sur son territoire, à l’exclusion de toute autre autorité, et qu’il n’acceptera aucune intervention étrangère dans ses affaires internes. Dans le cas du Québec, une déclaration de souveraineté signifie que, à partir de ce moment, le Québec ne fait plus partie du Canada et les lois fédérales cessent de s’y appliquer.
Quels seraient les conséquences de faire une telle déclaration de souveraineté immédiatement après la victoire référendaire, sans négociations préalables avec le Canada ?
L’inconvénient majeur de cette façon de procéder serait que la transition entre le statut de province et le statut de pays, au lieu d’être planifiée et bien préparée, serait inévitablement chaotique.
D’abord, il est certain que le gouvernement fédéral, se disant libéré de son obligation constitutionnelle de négocier avec le Québec, refusera de reconnaître une telle déclaration unilatérale d’indépendance et soutiendra que ses lois continuent de s’appliquer au Québec. Dans ces circonstances, les fonctionnaires fédéraux continueront naturellement à se rendre à leur travail, à fournir leurs services et à encaisser leur chèque de paie. Les contribuables continueront de payer leurs taxes fédérales, ne sachant pas, de toute façon, comment ils pourraient les payer à Québec (qui ne serait pas, lui non plus, en mesure de les percevoir). En d’autres mots, la déclaration de souveraineté du Québec sera tout simplement ignorée, et à peu près personne n’en tiendra compte.
Par ailleurs, il sera impossible pour le Québec de prendre immédiatement la relève du gouvernement fédéral et d’assurer la continuité des programmes et des services fédéraux, de façon que les pensions de vieillesse, l’assurance-emploi et les autres prestations fédérales continuent d’être payées sans interruption, puisqu’il n’aura ni les informations, ni les fonctionnaires, ni l’argent requis pour le faire. En d’autres mots, le Québec lui-même sera incapable de donner suite à sa propre déclaration de souveraineté.
De plus, le Québec sera dans l’impossibilité de faire reconnaître sa déclaration de souveraineté par aucun pays étranger. À cet égard, il circule toute sorte de fabulations à l’effet que la France ou d’autres pays amis s’empresseraient de reconnaître l’indépendance du Québec dès le lendemain de la victoire référendaire. Cela est absolument sans fondement et ne correspond en rien à la réalité diplomatique internationale. Au contraire, une déclaration unilatérale de souveraineté, faite immédiatement après la victoire référendaire, mettrait dans l’embarras tous les pays qui sont nos amis, en les forçant à choisir entre le Québec et le Canada, un choix qu’ils voudront éviter à tout prix.
Enfin, une déclaration immédiate de souveraineté mettrait les députés du Bloc Québécois dans une situation intenable. Ou bien ils accepteraient la déclaration de souveraineté, et remettraient immédiatement leur démission puisque le Québec ne ferait plus partie du Canada et que les lois fédérales ne s’appliqueraient plus au Québec. Ou bien ils continueraient de siéger à Ottawa, soutenant ainsi le gouvernement fédéral dans sa décision de ne pas reconnaître la déclaration de souveraineté du Québec. Si le Québec est indépendant, il ne peut pas avoir de députés dans un autre pays, que ce soit à Ottawa ou ailleurs.
Or s’il y a un moment où le Québec aura besoin de la présence du Bloc Québécois à Ottawa, c’est bien après la victoire référendaire. Avec ses quelque soixante députés, le Bloc pourra insister pour que le Canada respecte la volonté démocratique du Québec et accepte de négocier les modalités de l’accession à l’indépendance, comme l’a ordonné la Cour suprême. Il pourra parler au reste du Canada pour lui expliquer la démarche proposée par le Québec et lui en faire valoir le bien-fondé. Il pourra également tenir informées les ambassades étrangères afin qu’elles comprennent notre désir de faire l’indépendance pacifiquement et qu’elles se préparent à reconnaître notre souveraineté.
Si nous voulons gagner le prochain référendum, nous devons être en mesure de dire clairement à nos concitoyens ce qui arrivera au lendemain d’une victoire référendaire. C’est une promesse qu’il sera impossible de tenir si l’indépendance est proclamée au lendemain du référendum. Cela, au contraire, ne pourra se faire que si la transition a été bien préparée à la suite de discussions avec le Canada.
Un pays est souverain ou ne l’est pas. Penser que le Québec pourrait se déclarer souverain tout en permettant que les lois fédérales puissent continuer à s’y appliquer et que les députés du Bloc Québécois puissent continuer à siéger à Ottawa, ce serait faire rire de nous par le reste du monde. Et ce serait tromper nos concitoyens.
C’est pourquoi je m’engage à faire du Québec un pays souverain, maître de ses décisions et responsable de son avenir et de son développement, en m’assurant que la transition de province à pays se fasse sans heurts. Car c’est de cette façon que nous pourrons convaincre nos concitoyens de voter pour l’indépendance.
QU'EST-CE QU'UNE DÉCLARATION DE SOUVERAINETÉ?
(Texte de Louis Bernard publié en page A-9 du journal Le Devoir du 16 septembre 2005)
Dans une lettre publiée récemment dans le Devoir, M. Daniel Turp soulève une question qui est très importante non seulement pour la course à la direction du Parti Québécois mais pour le résultat du prochain référendum sur l’avenir du Québec. Il s’agit, en effet, de déterminer ce qui va arriver à la suite d’une victoire du Oui. C’est une question, on le pense bien, à laquelle les membres du PQ et les citoyens voudront avoir une réponse claire avant de décider de leur vote.
Lors du dernier référendum, le projet de loi sur l’avenir du Québec présenté par M. Jacques Parizeau prévoyait que le Québec ne proclamerait son indépendance qu’après une période d’un an de négociations avec le gouvernement du Canada. Ce n’est qu’en cas d’échec de ces négociations que le Québec pouvait déclarer son indépendance unilatéralement.
Le nouveau programme du PQ qui n’a pas encore été publié prévoit que la victoire référendaire « entraînera l’Assemblée nationale à déclarer la souveraineté du Québec et à donner des effets immédiats à celle-ci en posant des gestes de souveraineté nationale et internationale ». Il s’agit donc de proclamer l’indépendance du Québec immédiatement après le référendum, sans négociations préalables avec le Canada.
Or une déclaration de souveraineté ou d’indépendance est un geste solennel que pose un pays pour proclamer que, dorénavant, son gouvernement exerce une autorité complète et souveraine sur son territoire, à l’exclusion de toute autre autorité, et qu’il n’acceptera aucune intervention étrangère dans ses affaires internes. Dans le cas du Québec, une déclaration de souveraineté signifierait que, à partir de ce moment, les lois fédérales cesseraient de s’appliquer au Québec puisque le Québec ne ferait plus partie du Canada. Il y aurait rupture et bris de continuité.
L’inconvénient majeur de cette façon de procéder est que la transition entre le statut de province et le statut de pays sera inévitablement chaotique. D’abord, parce que le gouvernement fédéral refusera de reconnaître une déclaration unilatérale d’indépendance et soutiendra que ses lois continuent de s’appliquer au Québec. Ensuite, parce qu’il sera impossible pour le Québec de prendre la relève et d’assurer la continuité des programmes et des services fédéraux, puisqu’il n’aura ni les informations, ni les fonctionnaires, ni l’argent pour le faire. Enfin, parce que les pays étrangers, même les plus amis, ne voudront pas s’aliéner le Canada en reconnaissant immédiatement le Québec souverain.
Une déclaration immédiate de souveraineté mettrait les députés du Bloc Québécois dans une situation intenable. Ou bien ils accepteraient la déclaration de souveraineté, et remettraient immédiatement leur démission puisque le Québec ne ferait plus partie du Canada et que les lois fédérales ne s’appliqueraient plus au Québec. Ou bien ils continueraient de siéger à Ottawa, soutenant ainsi le gouvernement fédéral dans sa décision de ne pas reconnaître la déclaration de souveraineté du Québec. Or s’il y a un moment où le Québec aura besoin de la présence du Bloc Québécois à Ottawa, c’est bien après la victoire référendaire.
Depuis sa fondation, le Parti Québécois a toujours promis aux hommes et aux femmes du Québec que l’indépendance se ferait en préservant la libre circulation des biens, des personnes et des capitaux entre le Québec et le Canada, en conservant la même monnaie, en garantissant la continuité des programmes et des services fédéraux de façon que les pensions de vieillesse, l’assurance-emploi et les autres prestations fédérales continuent d’être payées sans interruption. Cela ne peut se faire que si la transition a été bien préparée à la suite de discussions avec le Canada.
Il n’est pas nécessaire et encore moins souhaitable que l’indépendance du Québec soit déclarée immédiatement et unilatéralement après la victoire référendaire. Bien sûr, dès après le référendum, l’Assemblée nationale prendra acte de la volonté exprimée par les Québécois de se donner un pays, définira clairement et juridiquement le cadre et la durée de la période de négociations avec le Canada et fixera une date pour la déclaration formelle d’indépendance, laquelle pourra intervenir à tout moment si les négociations échouent ou le gouvernement fédéral n’agit pas de bonne foi. Car il n’est pas question que ces négociations se fassent à rabais et aboutissent à d’autre chose qu’à la pleine et entière souveraineté du Québec, telle que décidée par la majorité des citoyens et citoyennes du Québec.
Un pays est souverain ou ne l’est pas. Penser que le Québec pourrait se déclarer souverain tout en permettant que les lois fédérales puissent continuer à s’y appliquer et que les députés du Bloc Québécois puissent continuer à siéger à Ottawa, ce serait faire rire de nous par le reste du monde. Et ce serait tromper nos concitoyens.
LE DÉVELOPPEMENT DURABLE ET LA PROTECTION DE L'ENVIRONNEMENT
(Montréal, 12 septembre 2005)
Dans le vocabulaire de l’ONU, le « développement » comporte deux éléments : la création de richesse et le partage équitable de la richesse créée. Le « développement durable » vient ajouter un troisième élément : le respect de l’environnement et de la qualité de vie des citoyens. C’est donc une nouvelle façon de créer de la richesse et de la partager équitablement, et cela non seulement pour le présent mais aussi pour les générations futures.
Cette nouvelle façon de faire englobe toutes les facettes de notre société : l’exploitation des ressources naturelles, les procédés industriels, l’aménagement des villes, l’utilisation de l’énergie et des ressources, les modes de transport, les comportements individuels, l’éducation de nos enfants et de nos jeunes et, en corollaire, un partage plus équitable de la richesse. Sa mise en place exigera donc une véritable transformation des mentalités et des façons de faire, aussi bien de la part des autorités politiques, des entreprises que des individus. En fait, il s’agit d’un changement radical de notre mode de vie en société, d’un nouveau contrat social et humain, exigeant mais indispensable.
Pour arriver à une telle transformation, je mettrai en œuvre une stratégie globale axée sur les éléments suivants :
Je suis conscient que le plan d’action gouvernemental devra tenir compte de tout le cheminement décrit ci-dessus. Mais je souhaite que ce plan d’action comporte un volet important d’information, d’éducation et de sensibilisation, ainsi que le regroupement dans un Observatoire du développement durable des institutions déjà existantes afin de leur donner plus de moyens d’action; l’intensification de nos efforts de recherche; le renforcement de la législation sur la protection de l’environnement pour y intégrer de nouveaux critères d’analyse des projets (externalités, cycles de vie, recyclage, coûts de remplacement, etc.); la mise en œuvre d’une politique énergétique basée sur les économies d’énergie, la diminution des énergies fossiles et l’augmentation des énergies vertes; l’obligation pour les entreprises d’adopter un programme de développement durable; la révision des politiques d’exploitation des ressources naturelles (forêt, eau, air, mines); une éco-fiscalité d’encouragement au développement durable; le renforcement des approches pédagogiques fondées sur les principes du développement durable et de la justice sociale, aussi bien au niveau national qu’au niveau international.
Par ailleurs, je ferai en sorte que le gouvernement favorise activement le développement chez nous d'une filière économique de l'environnement basée sur des technologies vertes innovatrices. Le Québec moderne est, de plus en plus, une société basée sur le savoir. La créativité que nous avons démontrée dans le domaine culturel, nous pouvons la pratiquer dans le domaine de la recherche et de la technologie en environnement. Nous sommes une race de « patenteux » et nous avons de l’imagination. Nous sommes capables d’innover et de développer chez nous une filière économique basée sur le la mise au point de procédés industriels capables de concilier le respect de l’environnement et la rentabilité économique. C’est d’ailleurs un secteur d’avenir où nos produits seront facilement exportables. Et nous pourrons être aussi fiers de nos réussites en cette matière que nous le sommes de nos succès culturels.
J’ai participé avec René Lévesque et Marcel Léger à la création du ministère de l’Environnement, à l’adoption de la Loi sur la protection de l’environnement et à la mise sur pied du BAPE, au lancement du premier programme d’assainissement des eaux. D’autres ont continué le travail par la suite. Mais il nous reste encore beaucoup à faire pour faire du Québec une société éco-efficace, éco-innovatrice, axée sur le développement durable et la justice sociale. C’est un formidable chantier de mobilisation nationale que je vous propose d’ouvrir dans un Québec désormais directement imputable de ses choix de développement.
LA DÉCLARATION D'INDÉPENDANCE
(Montréal, 5 septembre 2005)
Après un référendum gagné, quand le Québec doit-il déclarer qu’il est un pays indépendant et souverain?
Suivant le Projet de loi sur l’avenir du Québec présenté par M. Jacques Parizeau avant le dernier référendum et auquel référait la question référendaire, la déclaration d’indépendance (qui était incluse dans le préambule du projet de loi) ne pouvait être proclamée par l’Assemblée nationale qu’après la conclusion satisfaisante de négociations avec le Canada, ou après que ces négociations aient été jugées infructueuses par l’Assemblée nationale. Un délai d’un an était prévu pour ces négociations.
Dans ce scénario, le référendum gagné était donc suivi d’une période de négociations visant à assurer une transition ordonnée entre le statut de province et le statut de pays. Ce n’est qu’en cas d’échec de ces négociations que le Québec pouvait décider de faire une déclaration unilatérale d’indépendance.
Suivant le nouveau programme adopté par le Parti Québécois lors de son dernier congrès, la déclaration d’indépendance serait faite au lendemain du référendum et serait suivie immédiatement de gestes de souveraineté nationale et internationale. Il s’agirait donc d’une déclaration unilatérale d’indépendance, sans négociations préalables avec le reste du Canada.
Cette position est contraire à tout ce que le Parti Québécois a promis jusqu’à maintenant aux hommes et aux femmes du Québec. Nous avons toujours dit aux Québécois que l’indépendance se ferait en préservant la libre circulation des biens, des personnes et des capitaux entre le Québec et le Canada, en conservant la même monnaie, en garantissant la continuité des programmes et des services fédéraux . Tout cela risquerait d’être remis en cause par une déclaration unilatérale d’indépendance faite immédiatement après le référendum. Notamment, une grande partie de l’activité économique du Québec pourrait, dans ces circonstances, être profondément perturbée. La continuité des services et des programmes fédéraux serait difficile à assurer. Et la reconnaissance internationale de notre statut serait plus difficile à obtenir, sinon impossible.
Il n’est pas nécessaire et encore moins souhaitable que l’indépendance du Québec soit déclarée immédiatement et unilatéralement après la victoire référendaire. Vaut mieux prévoir une période de préparation pour que la transition se fasse correctement. Bien sûr, dès après le référendum, l’Assemblée nationale prendra acte de la volonté exprimée par les Québécois de se donner un pays, définira clairement et juridiquement le cadre et la durée de cette période de négociations avec le Canada et fixera une date pour la déclaration formelle d’indépendance. Car il n’est pas question que ces négociations se fassent à rabais et aboutissent à d’autre chose qu’à la pleine et entière souveraineté du Québec, telle que décidée par la majorité des citoyens et citoyennes du Québec.
Les Québécois ne voteront pas en faveur d’une indépendance qui se ferait dans la confrontation, la perturbation de l’activité économique et l’absence de continuité dans les services et programmes. Ce ne serait certes pas la bonne façon de se donner un pays!
C’est pourquoi, dans le scénario que je préconise et que je mettrai en œuvre comme chef du gouvernement, l’indépendance ne sera formellement déclarée que lorsque la transition aura été bien préparée dans le cadre de négociations avec le reste du Canada. Ce n’est qu’en cas d’échec de ces négociations que le Québec pourra déclarer son indépendance unilatéralement, car nous aurons alors de bien meilleures chances de la faire accepter par la communauté internationale qui aura été témoin de nos efforts pour procéder suivant les règles du droit canadien et les usages internationaux.
Le Canada est, en effet, obligé de négocier de bonne foi avec le Québec, comme le lui commande une décision de la Cour Suprême. Durant cette période de négociations, tous les services et les programmes fédéraux seront maintenus et pourront, sans aucune interruption, être conservés par le Québec lorsque l’indépendance sera déclarée. Cette façon de procéder est la seule qui soit respectueuse des attentes de nos concitoyens et des promesses que nous leur avons faites.
Et c’est aussi la seule façon de ne pas rater notre prochaine chance de faire l’indépendance.
APPUI DE SERGE MÉNARD
(Laval, 1er septembre 2005 - Par Serge Ménard, député du Bloc Québécois de Marc-Aurèle-Fortin)
Malgré la grande valeur de plusieurs personnes qui aspirent à la direction de notre parti, je crois sincèrement que Louis Bernard est le plus expérimenté, celui qui, comme chef, suscitera le plus la confiance et le respect de la population, celui qui saura être le plus grand rassembleur. C’est également le candidat avec lequel je partage la plus grande communauté d’esprit.
M. Bernard est également un souverainiste de la première heure qui sait depuis longtemps que le Québec devra être un pays indépendant afin de maintenir son identité et se développer selon ses valeurs et ses priorités. Il n'a jamais hésité devant l'opportunité de faire avancer la cause de la souveraineté, notamment en mettant sa carrière de haut fonctionnaire de côté pour aller rejoindre la jeune équipe parlementaire du Parti Québécois, alors que les libéraux régnaient en roi et maître à l'Assemblée nationale.
Parce qu’il est expérimenté et qu’il sait inspirer confiance et respect : Louis Bernard est l’homme de la situation.
Un « vétéran-recrue »
M. Bernard a le double avantage d’avoir la plus grande expérience politique de tous les candidats et d’être une nouvelle figure en politique, avec un langage neuf, franc, sans « langue de bois ».
Il est vrai qu’il est peu connu du grand public. Toutefois, s’il est élu chef du Parti Québécois, le public aura amplement l’occasion de le connaître. Et alors il découvrira avec joie ce qui frappe tous ceux qui le connaissent : c’est un homme qui inspire la confiance et le respect. Il faut bien reconnaître, hélas, qu’actuellement la réputation des hommes politiques est déplorable. Dans ce contexte, il n’est pas mauvais d’avoir une figure complètement nouvelle pour promouvoir la souveraineté.
Trop souvent, les nouveaux venus doivent faire leurs erreurs pour acquérir leur expérience avant d’avoir la connaissance profonde de leurs dossiers. Ce risque est négligeable dans son cas. Son expérience dans la fonction publique est considérable et au plus haut niveau. Rappelons qu’il a été entre autres le premier fonctionnaire de l’État dans le gouvernement Lévesque, comme dans celui de Parizeau.
Dans le privé, il a été membre de la haute direction d’une banque. Il est donc aussi familier avec le monde de la haute finance. Ces connaissances sont importantes pour réaliser la souveraineté correctement, tout comme l’est son expertise juridique.
C'est probablement ce paradoxe du « vétéran-recrue » qui le rend allergique à toute langue de bois. Sa fraîcheur le fait s'exprimer clairement, sans détour. Son expérience lui permet de s'exprimer librement sur les sujets les plus percutants, sans craindre l'erreur du débutant.
Un homme qui inspire confiance
Si, comme je le crois, le peuple québécois est prêt à assumer son indépendance, il voudra à sa tête non seulement la personne la plus compétente, mais celle qui inspire la confiance par sa franchise, par ses qualités humaines autant que par ses capacités.
Depuis plus de quarante ans, Louis Bernard a été confronté à tous les grands problèmes de l’État, il les a vus apparaître, il y a réfléchi, et il est prêt à appliquer les solutions appropriées. Il a été mêlé au cours de sa carrière, à tous les grands enjeux du Québec et du Canada.
Les Québécois savent qu'il ne suffit pas de gagner un référendum pour qu'un pays apparaisse, comme par magie. M. Bernard est le mieux préparé, le plus expérimenté, le plus solide pour diriger le Québec dans cette période charnière si importante que nous connaîtrons entre la victoire au référendum et l’accès à la pleine souveraineté.
Il est d’ailleurs significatif qu’il soit le seul candidat à parler de ce passage et il le fait avec clarté. Je sais qu’il saura vulgariser et exposer clairement ces défis afin de faire en sorte que la population se sente partie prenante de cette grande aventure.
C’est sans doute à cause de ses qualités que tant de premiers ministres de chaque parti lui ont confié les mandats les plus importants et les plus difficiles. S'il a su inspirer confiance à des adversaires dans un milieu aussi divisé que celui de la politique, je suis convaincu qu'il saura rassurer ses concitoyens, qui eux, sauront qu'ils peuvent se fier à un leader fort et bien préparé.
Un homme respectueux et respecté
C’est aussi une personne qui inspire le respect. C’est parce qu’il sait respecter les autres. C’est pourquoi je crois qu’il sera le plus grand rassembleur.
Notamment, on sent, dans son langage, qu’il respecte ceux que j’appelle les fédéralistes généreux. Ceux qui partagent avec nous le grand idéal de conserver et de développer sur ce coin de terre d’Amérique, une société moderne et originale qui aura toujours le français comme langue commune. C’est d’abord eux qu’il faut convaincre que l’évolution actuelle du Canada mène inévitablement, à plus ou moins long terme, à l’assimilation.
On sent aussi son respect pour la minorité anglophone. On le sent également pour les diverses nations autochtones avec qui il a d’ailleurs su négocier. C'est pourquoi je crois qu'il pourra rassembler tous les Québécois, même ceux qui, traditionnellement, n'ont pas été attirés par l'idée d'indépendance.
Voilà donc pourquoi, selon moi, Louis Bernard a toutes les qualités requises pour être chef du Parti Québécois, premier ministre du Québec et surtout, le chef d'état qui mènera le Québec au concert des Nations. Le Québec a la chance extraordinaire d'avoir quelqu'un d'aussi qualifié que Louis Bernard qui est prêt à mettre son expérience au service de ses compatriotes. Le Parti Québécois a, quant à lui, la possibilité d'avoir un chef qui pourra mobiliser ses troupes et rassembler le plus grand nombre de Québécois autour de l’idéal de la souveraineté. À nous de saisir cette incroyable opportunité.
APPUI DE LUCIEN LESSARD
(Québec, 30 août 2005 - Par Lucien Lessard, député du Parti Québécois de 1970 à 1983 et ministre sous René Lévesque)
Lorsque j’étais député du Parti Québécois du comté de Saguenay (aujourd’hui René-Lévesque) de 1970 à 1983, j’ai eu la chance de connaître Louis Bernard avec qui j’ai travaillé pendant toute cette période.
Comme chef de cabinet de monsieur Camille Laurin de 1970 à 1973, il a été « coach » de la première équipe de notre parti à l’Assemblée Nationale. Sans ses connaissances, son expérience et surtout son sens pratique, nous aurions probablement fait piètre figure. Mais en bon professeur, il a fait de députés sans expérience de bons parlementaires.
Je profite donc de l’occasion que m’offre cette campagne à la chefferie du Parti Québécois pour vous dire pourquoi j’appuierai monsieur Bernard.
Cette course à la chefferie est probablement l’une des plus importante de l’histoire du Parti Québécois si on excepte la nomination de monsieur René Lévesque au congrès de fondation du Parti Québécois en octobre 1968. C’est la raison qui nous invite à la prudence et à choisir celui ou celle qui sera le ou la plus apte à nous conduire vers notre objectif.
Les sondages nous démontrent que la peur persiste encore chez bien des Québécois agés de 55 ans et plus. Le prochain chef devra être capable d’apporter la sécurité à cette partie de la population québécoise et leur garantir que l’indépendance n’apportera pas le chaos que prédisent nos adversaires et que leurs économies ne seront pas dissipées le lendemain de l’indépendance.
Nous devons aussi faire une remontée chez les hommes et les femmes d’affaires qui s’inquiètent aussi de leur avenir dans un Québec indépendant. Nos frontières seront-elles fermées? Pourrons-nous encore vendre nos produits à l’extérieur? Quel sera le prix que nous devrons payer? Quelle sera notre monnaie? Aurons-nous encore accès au marché américain ? Ferons-nous encore partie du marché commun des Amériques (ALENA )? Autant de questions auxquelles nous avons nos réponses mais qui exigeront des négociations futures avec d’autres partenaires. Le chef du Parti Québécois devra avoir une connaissance profonde de ces dossiers, acquise non seulement dans les livres mais par une expérience vécue aux cours de plusieurs années de travail et de réflexion ce qui lui assurera une crédibilité tellement nécessaire dans le monde économique.
Notre chef devra aussi être un négociateur crédible auprès d’autres gouvernements, comme auprès de celui du Canada. Le travail le plus fondamental qui restera à faire sera le lendemain du jour où nous voterons majoritairement pour l’indépendance du Québec. Non seulement devrons-nous maintenir la paix sociale, mais nous devrons engager des discussions avec le gouvernement canadien qui, encore là, exigeront beaucoup de connaissances et d’expérience de la part de notre premier ministre et chef d’État.
Nous nous préparons à livrer le plus grand combat de notre histoire politique. Ne prenons pas de risque. jeunesse est un atout, mais elle ne nous mènera pas nécessairement à la victoire. L’homme qui peut nous mener à la victoire, c’est Louis Bernard. J’appuierai donc monsieur Bernard dans cette course à la chefferie car tant ses connaissances que son expérience lui assurent cette maturité tellement nécessaire pour les années à venir de notre peuple.
LE SCÉNARIO DE L'INDÉPENDANCE
(Montréal, 29 août 2005)
Bientôt, le Québec aura la chance de devenir un pays. Et cette fois-ci, il ne faudra pas la manquer.
Le scénario que, comme chef du PQ, je mettrai en œuvre pour y arriver est le suivant.
Après mon élection, je n’entrerai à l’Assemblée nationale que lorsque je serai assuré que le Parti Québécois est redevenu l’instrument d’action politique que j’ai bien connu dans les années ’70. Je serai donc d’abord sur le terrain, avec vous, pour augmenter notre membership, solidifier notre organisation et cimenter l’alliance avec le Bloc. Car, vous le savez comme moi : ce n’est que par la mobilisation des militants que nous pourrons gagner l’élection et, ensuite, le référendum.
Lors des prochaines élections, l’équipe que je dirigerai mettra elle-même la question nationale au cœur des enjeux électoraux, en indiquant clairement notre intention d’enclencher un référendum dans les mois qui suivront la victoire électorale. Il pourrait être tentant de faire porter les élections sur le bilan désastreux du gouvernement libéral, mais je ne le ferai pas. Car je ne suis pas intéressé à gouverner « la province de Québec » : je sais par expérience que nous ne pouvons pas régler les problèmes du Québec tant que nous n’aurons pas récupéré toutes nos taxes et tous nos pouvoirs.
Lors du référendum, les Québécois seront appelés à répondre à une question claire, simple et limpide : « Acceptez-vous que le Québec devienne un pays indépendant et souverain? Oui ou Non. ». Parce que nous serons bien préparés et que nous viendrons de gagner les élections, nous gagnerons ce référendum, et il ne pourra plus y avoir aucun doute sur la volonté des hommes et des femmes du Québec de se donner un pays bien à eux qu’ils pourront façonner suivants leurs valeurs et leurs aspirations.
Puis, avant de déclarer l’indépendance, je m’assurerai que tout a été mis en place pour que la transition se fasse correctement, harmonieusement, en préservant les échanges et la monnaie. On ne peut pas, du jour au lendemain, passer du statut de province à celui de pays. Après la victoire référendaire, il y aura donc une période de préparation de la souveraineté et de négociation avec le Canada. Je prévois que cette période durera environ un an : c’est le délai qui était prévu dans le Projet de loi sur la souveraineté du Québec présenté par M. Parizeau, et auquel j’ai participé étroitement.
Au cours de cette période post-référendaire, la tâche du chef du gouvernement sera évidemment multiple et très exigeante.
Il devra, d’abord, diriger l’équipe gouvernementale et mettre de l’avant les mesures nécessaires pour faire du Québec un pays prospère et solidaire conformément à l’orientation donnée par le programme du Parti Québécois, dans le respect de l’environnement et la poursuite d’un développement durable et soutenable.
Il devra ensuite orienter et superviser l’équipe des négociations avec le Canada, en s’assurant que celles-ci se déroulent rondement et que les intérêts du Québec sont protégés. Et pendant que ces négociations se déroulent, il devra garder le contact avec les autres premiers ministres, avec les milieux d’affaires, avec les dirigeants étrangers et les organismes internationaux, et conduire une politique de promotion de la souveraineté québécoise au Canada et partout ailleurs.
Il devra enfin, avec son équipe, préparer la mise en œuvre de la souveraineté en évitant tout geste de rupture qui pourrait compromettre le succès de notre accession à l’indépendance. Cette préparation inclura l’adoption d’une constitution provisoire et l’élaboration d’une politique de décentralisation véritable en faveur des régions. Elle prévoira la continuation des lois fédérales et le rapatriement des fonctionnaires fédéraux qui les administrent, prendra les mesures nécessaires pour que les contribuables québécois paient toutes leurs taxes au Québec et pour que les programmes administrés par Ottawa soient dorénavant administrés par Québec. C’est ainsi qu’on pourra, par exemple, donner à nos aînés l’assurance qu’après l’indépendance, leur pension de vieillesse pourra continuer à leur être versée au même montant, le même jour du mois et avec la même monnaie. Ou que le producteur agricole aura l’estampille nécessaire pour pouvoir continuer, sans interruption, à exporter ses produits à l’étranger.
Pour pouvoir remplir cette tâche exigeante, le chef du gouvernement devra avoir une connaissance approfondie du fonctionnement du gouvernement du Québec, des milieux économiques et des relations avec le Canada, les autres provinces et les pays étrangers.
Sans fausse modestie, je crois avoir l’expérience, les connaissances, la maturité et le leadership pour mener cette tâche à bien et gagner la confiance de nos concitoyens.
LOUIS QUI? LOUIS BERNARD!
(Chronique de Lise Payette parue dans le Journal de Montréal, édition du 24 août 2005, reproduit avec l'autorisation de madame Payette)
Le grand public ne le connaît pas. Par contre, ceux qui ont touché à la vie politique québécoise depuis les années 70 savent très bien le rôle qui a été le sien.
Il a pris tout le monde par surprise. Moi la première. Je ne comprenais pas ce qu'il faisait à la télévision, dans un bulletin de nouvelles, jusqu'à ce que je réalise qu'il parlait de son programme comme candidat au leadership du Parti Québécois.
Personne ne l'attendait dans la course. Cet homme discret et calme, dont on avait toujours dit qu'il était un grand serviteur de l'État, a décidé de plonger.
Cet homme remarquable, qui a longtemps vécu dans l'ombre, vient d'entrer dans la lumière. Librement. Sans que personne lui demande d'être candidat, sans organisation, et sans prétention.
Je me suis arrêtée pour l'écouter. Je me suis demandé ce qu'il allait faire dans cette galère, lui qui sait à quelle point la vie politique est dure et ingrate.
Lui qui a vu des ministre rager ou pleurer sur des dossiers, qui a vu des gens de pouvoir se briser sous ses yeux, pourquoi quittait-il sa retraite comfortable pour s'exposer aux critiques et aux mesquineries d'une course au leadership?
Quel démon s'était emparé de cet homme connu pour être raisonnable et super intelligent?
Louis Bernard aurait pu choisir de rester chez lui. Il avait déjà tant fait pour le Québec.
Il a plutôt choisi de se retrousser les manches et se s'embarquer pour « un peu plus haut, un peu plus loin », en espérant mener jusqu'au bout le projet qui l'anime depuis si longtemps : la souveraineté du Québec.
Rien dans les mains, rien dans les poches. Tout dans le coeur et dans la tête.
Personne ne peut contester à Louis Bernard le rôle qu'il a joué comme secrétaire général du Québec. Il a côtoyé tous les premiers ministres. Il les a conseillés.
Il a aidé à corriger le tir chaque fois que les élus pataugeaient dans des dossiers, ou à trouver des solutions quand les solutions n'étaient pas évidentes. Je sais. Je l'ai vu faire. Il a souvent tenu le Québec à bout de bras.
Brillant, intelligent comme cent, disponible et ouvert, il aborde la politique active avec un autre ton que tous les candidats. Ça surprend.
Il parle vrai. Il n'a pas d'image à préserver parce qu'il n'a pas d'image. Il n'a pas de message préfabriqué pas des spécialistes de messages.
La langue de bois? Il ne connait pas.
Le bras droit... et le gauche!
Louis Bernard a été le bras droit de René Lévesque. Il a aussi été le bras gauche, chaque fois que c'était nécessaire. D'une loyauté sans équivoque, il a participé à tellement d'événements qu'il est un véritable livre d'Histoire à lui tout seul.
Que fera-t-il en politique? Ce qu'il dit. Ni plus ni moins. Parce qu'il n'a aucun agenda caché, parce qu'il ne joue à rien. Parce qu'il est authentiquement libre.
De plus, il est né dans Saint-Henri comme moi. Un petit gars de la rue St-Philippe. La vie dans Saint-Henri dans les années 1940-1950, ça vous plantait les pieds dans le sol solidement. Ça ne produisait pas de girouettes.
J'ai donc décidé de l'écouter attentivement. Il y en a qui disent qu'il n'a aucune chance d'être élu. Allez donc savoir... Une course à la chefferie, ça peut être si étonnant!
De toute façon, celui ou celle qui sera élu aura besoin de Louis Bernard pour remplir son mandat. Aussi bien l'écouter lui aussi. Surtout qu'il chante un air nouveau.
Et puis, en plus, dans l'état actuel de la course, tous les candidats ont leur chance.
LE DÉSÉQUILIBRE FÉDÉRAL
(Montréal, 22 août 2005)
Lorsqu’en 1964, je suis entré au ministère québécois des Relations fédérales-provinciales, le premier dossier important dont j’ai eu à m’occuper, c’était celui du déséquilibre fiscal. Le fédéralisme canadien n’a donc guère changé en 40 ans.
Qu’est-ce que le déséquilibre fiscal ? C’est un déséquilibre permanent et persistant entre la situation financière du gouvernement du Canada et celle du gouvernement du Québec qui provient du fait que les revenus fiscaux du gouvernement fédéral excèdent systématiquement ses besoins (ce qui génère des surplus constants), alors qu’au Québec, ce sont les besoins qui excèdent les revenus (ce qui génère des déficits).
La conséquence pratique de ce déséquilibre, c’est la centralisation des pouvoirs dans les mains d’Ottawa. De sorte que le déséquilibre fiscal amène inévitablement un déséquilibre fédéral.
En effet, pour des raisons politiques évidentes, le gouvernement fédéral ne demande pas mieux que d’utiliser ses surplus pour intervenir dans tous les dossiers chauds où le Québec manque de ressources. Il se donne ainsi l’air d’un sauveur en « aidant » le Québec avec l’argent des Québécois.
Tous les domaines les plus importants relevant du Québec ont fait l’objet d’une telle ingérence : santé, enseignement supérieur, aide sociale, infrastructures provinciales et municipales, bourses aux étudiants et, bientôt, le réseau des garderies. Sans compter les domaines, comme la culture, où le gouvernement s’est arrogé un rôle que la constitution ne lui accorde pas. De sorte que le gouvernement fédéral est devenu « le » gouvernement important, celui qui peut s’occuper de tout et régler tous les problèmes. Alors que le gouvernement du Québec fait figure de parent pauvre.
Comment peut-on corriger ce déficit fiscal ? Ce n’est évidemment pas en permettant au gouvernement fédéral de dépenser encore plus d’argent dans les domaines qui relèvent du Québec. Car cela ne ferait que confirmer et empirer le déséquilibre qu’on veut corriger. Plus le gouvernement fédéral dépensera d’argent dans des domaines qui relèvent du Québec, plus il voudra conserver les surplus qui lui permettent de le faire. Et c’est là qu’on voit la bêtise absolue du gouvernement Charest qui supplie le gouvernement fédéral de dépenser encore plus d’argent dans l’éducation supérieure et la santé, sous prétexte de corriger le déséquilibre fiscal !
Il n’y a qu’une façon de corriger le déséquilibre fiscal au Canada: c’est par un nouveau partage fiscal. C’est, en effet, par un transfert de points d’impôt, du Canada vers le Québec, qu’on pourrait diminuer les revenus d’Ottawa, qui sont trop hauts, et augmenter ceux de Québec, qui ne le sont pas assez. Mais c’est une solution que le gouvernement Charest n’ose pas même demander parce qu’il est sûr qu’elle serait refusée.
En effet, l’histoire a prouvé qu’il est impossible d’amener le Canada à corriger le déséquilibre fiscal qui lui profite, et le déséquilibre fédéral qui le favorise. En réalité, la seule manière pour le Québec de récupérer ses taxes et de rependre le plein contrôle de ses compétences, c’est de faire son indépendance. Car l’expérience que nous avons vécue démontre, hors de tout doute raisonnable, qu’il est impossible de réformer le fédéralisme canadien dans le sens désiré par le Québec.
C’est la leçon que j’ai pu tirer de mon expérience personnelle à titre de spécialiste du fédéralisme canadien et de directeur des relations fédérales-provinciales pendant plusieurs années. Et c’est cette expérience qui me permettra, à titre de chef du gouvernement, de convaincre nos concitoyens que l’indépendance est nécessaire pour récupérer notre argent et nos pouvoirs, et que cette indépendance peut se faire correctement.
NOUS VOULONS LA JUSTICE!
(Montréal, 15 août 2005)
L’organisation de la justice au Canada est un méli-mélo invraisemblable où la plupart des fonctions sont dédoublées, qui coûte cher et qui, surtout, rend le système inaccessible. Même un avocat comme moi a de la difficulté à s’y retrouver et le simple citoyen est trop souvent perdu « dans les dédales de la justice »
Je crois que nous devrions avoir un système simple à quatre niveaux (Cour des petites créances, Cour de première instance, Cour d’appel et Cour suprême). Au lieu de cela, nous avons une multitude de cours différentes et non coordonnées (Cour des petites créances, Cour provinciale, Cour supérieure, Cour d’appel, Cour fédérale, Cour fédérale d’appel, Cour suprême).
On retrouve les mêmes dédoublements dans la justice administrative : deux commissions des transports, deux commissions des relations de travail, deux conseils de la magistrature, deux commissions d’appel de l’impôt, etc. Alors qu’on pourrait unifier tout cela dans un seul système de tribunaux administratifs.
De plus, nous avons deux sortes de juges : ceux nommés par Québec et ceux nommés par Ottawa. La procédure de nomination est différente, tout comme les conditions de travail, les salaires, la retraite, la procédure de révocation. Or on sait, depuis la commission Gomery et les déclarations du juge Robert (un ancien président du Parti libéral), comment sont choisis les juges nommés par Ottawa…
Nous avons des prisons provinciales et des pénitenciers fédéraux, avec des règles de détention et de libération conditionnelle différentes. C’est le Québec qui poursuit les criminels, mais c’est le Canada qui décide quand ils pourront être remis en liberté (ordinairement après avoir purgé le 1/6 de leur peine).
Le Québec a sa Loi sur la protection de la jeunesse, et le fédéral sa Loi sur les jeunes contrevenants. Cette dernière a la prépondérance, ce qui empêche le Québec de mettre en œuvre sa philosophie de réhabilitation des jeunes.
Et que dire des tiraillements constants entre la Gendarmerie royale du Canada et la Sûreté du Québec qui rend plus difficile la lutte contre la drogue et le crime organisé.
Enfin, parce que le droit criminel relève d’Ottawa, l’Assemblée nationale ne peut jamais débattre de plusieurs des sujets qui définissent la nature d’une société. C’est le cas notamment de l’obscénité et de la pornographie, du suicide assisté, de l’avortement, de la fécondation artificielle, du clonage humain. Autant de questions où les valeurs de la société québécoise diffèrent souvent de celles de la société canadienne. Et pourtant, nous n’avons même pas l’occasion de nous interroger sur la façon dont ces questions sont décidées pour nous par le Parlement canadien dans un contexte qui n’est pas le nôtre.
Je veux un Québec souverain qui sera maître de sa justice. Nous nous donnerons un système simplifié de tribunaux judiciaires et administratifs plus facilement accessibles aux citoyens. Nous nommerons tous nos juges selon une procédure qui assure leur impartialité. Nous mettrons sur pied un seul système de détention et déciderons des conditions de toutes les libérations conditionnelles. Nous unifierons nos corps de police et intensifierons la lutte au crime organisé. Et surtout, nous règlerons suivant nos propres valeurs les grandes questions d’éthique qui se posent à toute société et, ainsi, nous nous donnerons un cadre de vie qui correspond à nos propres façons de vivre.
Mon Québec souverain sera un pays de justice. Une justice qui sera la nôtre et dont nous pourrons être fiers.
LA QUESTION AUTOCHTONE
(Montréal, 8 août 2005)
Récemment, la question autochtone est revenue en force dans l’actualité, surtout dans le secteur de la forêt. Peu informés de l’existence des droits ancestraux des autochtones, les Québécois voient mal pourquoi cette question vient perturber l’exploitation des ressources naturelles. Pour le comprendre, il faut faire un retour historique.
Le Québec est né d’une alliance entre les Français du 17e siècle et les autochtones qui, à cette époque, habitaient le pays. À son apogée, avant la Conquête, cette alliance s’étendait jusqu’au sud des Grands Lacs et à la vallée du Mississipi. Sans cette alliance, il est probable que les Français, qui venaient ici pour faire le commerce des fourrures, ne se seraient pas établis sur les bords du St-Laurent et que, par conséquent, le Québec n’existerait pas.
Contrairement à ce qui s’est passé en Ontario et dans les Prairies, il n’y a jamais eu, au Québec, de traités avec les autochtones en vertu desquels ceux-ci auraient renoncé à leurs droits sur le territoire. C’est pourquoi les autochtones ont gardé ici les droits de leurs ancêtres. Autrement dit, à l’arrivée des Français, les autochtones étaient organisés en sociétés qui avaient des droits sur le territoire et, puisqu’ils étaient nos alliés et qu’ils n’ont jamais renoncé à leurs droits, ils les ont gardés. Ces droits sont à eux et leur appartiennent; ce n’est pas nous qui les leur donnons.
Malheureusement, nous avons été lents à reconnaître que ces droits ancestraux étaient de vrais droits qui ont été confirmés par les tribunaux. Trop souvent, nous avons voulu gérer le territoire comme si les autochtones n’existaient pas ou n’avaient aucun droit. Ce qui a amené les autochtones à s’adresser aux tribunaux pour faire valoir leurs droits, avec toutes les conséquences fâcheuses que cela entraîne sur l’activité économique des régions.
Il n’y a qu’une solution à cette question : c’est la négociation de bonne foi. Il faut conclure avec les autochtones des traités qui harmoniseront leurs droits avec les nôtres. Cela est tout à fait possible, comme le démontrent la Convention de la Baie James, la Paix des braves et l’Approche commune avec les Innus. Ceux qui avaient des réticences à l’égard de ces négociations comprennent mieux maintenant que c’est la meilleure façon, sinon la seule, d’éviter les problèmes et d’assurer la paix sociale.
La négociation avec les autochtones, pour réussir, doit être fondée sur le respect mutuel et la confiance. Les sujets en discussion sont complexes et les solutions exigent des efforts de part et d’autre. C’est un sujet avec lequel je suis familier, ayant été le négociateur du Québec d’abord avec les Mohawks de Kanahwake et, depuis 1998, avec les Innus. C’est pourquoi j’ai confiance que, malgré les difficultés, nous réussirons à nous entendre.
Plus fondamentalement, ces négociations doivent viser à ce que les autochtones deviennent pleinement responsables d’eux-mêmes, se prennent en mains et assurent leur propre développement économique, social et culturel. Le régime de tutelle, d’assimilation forcée et de marginalisation mis en place depuis plus de cent ans par le gouvernement fédéral, doit être remplacé par un régime d’autonomie politique réel, respectueux du statut de nation que l’Assemblée nationale a reconnu, en 1985, aux onze nations autochtones du Québec.
L’indépendance de la nation québécoise et l’autonomie des nations autochtones sont deux réalités qui, loin de se contredire, vont de pair et se renforcent mutuellement. Nous réussirons l’une et l’autre.
C'EST OFFICIEL!
(Montréal, 1er août 2005)
C’est maintenant officiel ! Mon bulletin de candidature, appuyé par plus de 1250 signatures réparties dans 105 circonscriptions, a été vérifié et accepté par la présidente d’élection. Je suis donc officiellement dans la course.
Lors du dépôt de mon bulletin, mes premiers mots ont été pour remercier chaleureusement tous ceux d’entre vous qui avez bien voulu m’appuyer de vos signatures et de vos témoignages d’encouragement. Sans votre aide précieuse, je n’en serais pas là. Un merci tout spécial à ceux et ils sont nombreux qui se sont investis personnellement pour rejoindre d’autres membres et les faire signer, ou pour recruter de nouveaux membres.
J’entreprends donc avec vous une nouvelle étape : celle de convaincre une majorité de membres du Parti Québécois de me choisir comme leur prochain chef. Le départ très réussi de ma campagne me donne bon espoir de réussir.
Mon programme tient en quelques mots : je veux faire l’indépendance du Québec, et la faire rapidement et correctement, afin de bâtir ici un pays prospère et solidaire dont nous pourrons tous être fiers parce qu’il correspondra à nos valeurs.
Pour y arriver, j’inviterai les Québécois à répondre positivement, lors d’un référendum tenu tôt après la victoire électorale, à une question simple, claire et limpide. Et, une fois cette volonté clairement exprimée par les hommes et les femmes du Québec de se donner un pays bien à eux, je m’engage à y donner suite rapidement, mais en prenant le temps nécessaire pour en préparer soigneusement la mise en œuvre. Ainsi, lorsque l’indépendance sera déclarée, tout aura été mis en place pour que la transition se fasse correctement, harmonieusement, en préservant les échanges et la monnaie.
Le pays que je veux construire avec vous, c’est celui qui est dessiné, à grands traits, dans le programme adopté lors du dernier Congrès du Parti Québécois : un Québec qui crée de la richesse, mais qui se préoccupe également de savoir comment cette richesse sera partagée entre les individus et entre les régions. Un Québec fier de sa diversité, mais assuré de son caractère francophone. Un Québec respectueux de l’environnement, et qui conçoit son progrès dans une perspective de développement durable et soutenable. Et j’ajouterais : un Québec généreux envers les nations qui sont moins favorisées. En somme, un Québec solide, un Québec solidaire.
Soyons-en conscients : l’étape décisive est arrivée, celle du choix entre rester une province comme les autres ou devenir un pays souverain. Dans cette conjoncture historique, choisir le chef du PQ, c’est choisir la personne qui sera la mieux placée pour conduire le Québec à son indépendance. La personne qui, par son expérience, sa maturité, son leadership, saura gagner la confiance de la population. Car si les Québécois n’ont pas entièrement confiance dans la personne qui dirigera leurs destinées et les appellera à être pleinement responsables d’eux-mêmes, ils hésiteront à franchir le pas décisif qu’il leur reste à poser pour atteindre leur pleine maturité politique.
Pour ma part, j’ai fait mes preuves et je sais que c’est un défi que je suis capable de relever.
LES ENFANTS D'ABORD!
(Montréal, 25 juillet 2005)
Dans une économie de plus en plus basée sur le savoir, la plus grande richesse d’une nation, c’est sa main d’œuvre. Aussi, le Parti Québécois a-t-il eu raison de donner, dans son nouveau programme, la priorité à l’éducation.
Mais, à l’intérieur du domaine de l’éducation, où faut-il mettre la première priorité? Je crois que c’est sur le bas de la pyramide plutôt que sur le haut. Car c’est là que l’investissement est le plus rentable et le plus socialement équitable.
De toutes nos institutions d’enseignement, ce sont les centres de la petite enfance, les CPE, qui ont le plus besoin de nouvelles ressources. Et cela pour plusieurs raisons.
D’abord, parce que le réseau est encore largement incomplet et qu’il faudra y consacrer encore beaucoup d’efforts et de ressources additionnelles pour qu’il puisse répondre adéquatement à la demande, tant en ce qui touche le nombre places disponibles qu’en ce qui concerne l’encadrement des enfants. À ce dernier égard, on continue malheureusement de penser que les CPE ont été créés pour les parents (on parle encore de « garderies »), alors que c’est d’abord pour les enfants que ce réseau existe. Les CPE ne sont pas des services de garde, mais des services essentiels d’éducation.
Ensuite, parce que les premières années de formation sont les plus cruciales. Si le départ est manqué, rien ne pourra ensuite le réparer : l’accès à l’université, par exemple, même s’il était complètement gratuit, serait hors de la portée des enfants dont les carences n’auraient pas été décelées et corrigées dès les premières années. Et ce n’est qu’à ce niveau qu’on peut espérer atténuer un tant soit peu l’effet des différences socioéconomiques entre les riches et les pauvres.
Autrefois, au sein des familles nombreuses, certaines valeurs se transmettaient naturellement aux enfants: attention aux autres, entraide, sens du partage, discipline, etc. Cela est plus difficile dans nos familles d’aujourd’hui et, souvent, ce n’est que dans les CPE que les enfants peuvent trouver des conditions d’apprentissage qui les préparent concrètement à la vie en société.
Les CPE doivent donc cesser d’être les parents pauvres du système pour en devenir le secteur privilégié. Le même raisonnement vaut pour le niveau primaire : c’est durant les premières années de scolarisation que l’on peut donner aux enfants l’aide dont ils ont besoin pour développer leurs capacités d’apprendre. Les carences qui n’auront pas été décelées et corrigées à ce niveau entraîneront inévitablement le décrochage scolaire au niveau secondaire. L’école primaire a donc besoin non seulement d’enseignants, mais également de psychologues, d’aides pédagogiques, de professionnels de la santé et du sport, etc. Tout cela demande des ressources additionnelles.
L’investissement dans nos enfants est semblable à celui que l’on fait dans un REER : c’est la contribution qui est faite quand l’âge est le plus bas qui est, de loin, la plus rentable. Son effet multiplicateur est le plus fort. Mais c’est un investissement à long terme. Un peuple qui croit en son avenir se doit d’investir d’abord dans ses enfants.
RETOUR SUR LE LANCEMENT
(Montréal, 18 juillet 2005)
La plupart d’entre vous n’avez évidemment pu assister au lancement de ma campagne qui a eu lieu, jeudi dernier, au Théâtre Corona, soit en raison de la distance ou de vos occupations. Plusieurs s’en sont d’ailleurs excusés par courriel, et je les en remercie. Aussi, aimerai-je vous faire part des réflexions que m’inspire cet événement.
Ce qui me frappe d’abord, c’est la puissance incroyable de la mobilisation dans la poursuite d’une action politique. Il y a moins d’un mois j’étais seul, sans appui et sans organisation. Et voilà qu’à mon lancement, devant près de 150 militants venus de tous les coins de Montréal, j’ai pu souligner l’appui d’un député de l’Assemblée nationale, de cinq députés du Bloc Québécois, de huit anciens ministres et députés, de proches collaborateurs de René Lévesque et d’artistes. Tout cela organisé, en très peu de temps et de façon hautement professionnelle, par une équipe jeune et enthousiaste qui se met en place pour le reste de la campagne. Quant à l’opération des 1000 signatures, elle progresse normalement et, en poursuivant nos efforts avec l’aide de tous, nous pourrons atteindre prochainement notre objectif.
À mon avis, la seule chose qui peut expliquer une telle mobilisation, c’est qu’un grand nombre de personnes ont cru en ma promesse de faire l’indépendance, rapidement et correctement, afin de bâtir, ici, un Québec prospère et solidaire, et qu’en conséquence, elles ont décidé de s’engager personnellement pour m’aider dans cette tâche. C’est, en tout cas, ce que j’ai ressenti au cours des dernières semaines.
Lors du lancement, j’avais choisi de faire mon discours à partir de notes, plutôt que de lire un texte rédigé à l’avance, comme je l’avais fait lorsque j’ai annoncé ma candidature. Je suis content de l’avoir fait, car cela établit un meilleur contact avec l’auditoire, et les gens qui étaient présents l’ont fort apprécié. Par contre, cela ne permet pas aux absents de prendre connaissance de ce qui a été dit. Pour remédier à cet inconvénient, j’ai reconstitué le texte de mon discours et je l’ai ajouté à mon site. Ceux d’entre vous qui voudraient en prendre connaissance pourront donc le faire aisément.
Dans ce discours, j’ai souligné les 400 ans d’histoire du Québec (c’est trois fois la durée de la Confédération), le rôle essentiel de René Lévesque et du Parti Québécois dans l’avènement du Québec moderne, et l’importance cruciale pour l’avenir de l’étape qui s’annonce. Ce passé, à mon avis, donne un sens à notre détermination de faire du Québec un pays indépendant et souverain. Comme mon passé, dans le secteur public comme dans le secteur privé, donne un sens à mon engagement d’aujourd’hui et de demain.
Maintenant, je ne suis plus seul. Les nombreux appuis que j’ai reçus en si peu de temps ont dépassé mes espérances et l’équipe qui s’est mise en branle s’étendra progressivement pour rejoindre tous les coins du pays. La première manche augure donc très bien des prochaines et je suis très encouragé par le déroulement de ma campagne jusqu'à maintenant.
Votre appui à tous me donne des ailes.
DISCOURS DU LANCEMENT
(Théâtre Corona, Montréal, 14 juillet 2005)
Au nom de François Lemay, président du Parti Québécois dans la circonscription, qui est ici pour appuyer ma candidature, je vous souhaite la bienvenue dans St-Henri-Ste-Anne, quartier de mon enfance où ma famille a des racines qui remontent à plus de cent ans.
Le 15 juin dernier, je vous causais à tous une « certaine surprise » en annonçant mon intention de poser ma candidature à la direction du Parti Québécois. J’étais alors seul, sans appui ni organisation, mais je promettais de mettre les bouchées doubles pour remédier à la situation.
Vingt-neuf jours plus tard, je suis heureux de vous faire part des résultats de ces efforts.
L’organisation rapidement mise en place, comme vous en avez la preuve dans l’événement réussi de ce matin. Nous avons loué un local, tout près d’ici, qui ouvrira ses portes au début du mois prochain. Et nous avons lancé l’opération des 1000 signatures : déjà nous avons largement dépassé le tiers de notre objectif, des dizaines de personnes sont à l’œuvre dans les divers comtés et nous sommes assurés d’atteindre notre objectif au cours des prochaines semaines. Enfin, j’ai reçu des centaines de témoignages d’appui de partout au Québec.
Parmi ces appuis, il y a celui de Camil Bouchard, député de Vachon à l’Assemblée nationale, qui partage avec moi l’espoir de bâtir, ici, un Québec à la fois prospère et solidaire.
Un Québec prospère, c’est un Québec où il se créera de la richesse. Cette richesse, c’est l’entreprise qui la créera, que cette entreprise soit capitaliste, coopérative ou d’économie sociale. Mon expérience de onze ans dans la direction de la Banque Laurentienne m’enseigne que pour prospérer, l’entreprise a besoin d’un climat et d’un environnement qui soient propices à l’investissement et à l’entrepreneurship. Je m’engage donc à promouvoir un tel environnement. Et j’ajoute que je n’hésiterai pas à aider financièrement les entreprises québécoises, lorsque ce sera rendu nécessaire par la concurrence internationale.
Mais ce n’est pas suffisant de créer de la richesse, il faut également se préoccuper de la façon dont cette richesse est partagée. Car dans toute société développée, la création de richesse est une œuvre collective. Il ne peut y avoir de patrons s’il n’y a pas d’ouvriers. Aussi, toute société prospère doit également être une société solidaire.
Une société solidaire, c’est une société qui « pense aux autres ». Une société qui donne une chance égale à tous, mais qui se préoccupe également de ceux qui en arrachent plus que les autres. Une société qui garantit l’accessibilité aux grands programmes de santé et d’éducation, mais qui est engagée de façon active dans la lutte à la pauvreté et au décrochage scolaire.
C’est également une société qui, dans sa gouverne, mise sur la concertation plutôt que sur l’affrontement. Qui respecte l’environnement (comme on respecte une personne) et préconise un développement qui soit durable. Qui, enfin, accepte généreusement de partager une partie de sa richesse avec les pays les plus pauvres.
Parmi les appuis que j’ai reçus, il y a également celui d’un premier contingent de députés du Bloc Québécois. Ces appuis sont extrêmement significatifs, car le phénomène marquant des dix dernières années sur la scène politique canadienne et québécoise, c’est le succès sans précédent du Bloc Québécois à Ottawa. C’est un développement qui change radicalement la donne politique et qui favorise puissamment la montée du mouvement souverainiste. Aussi, suis-je convaincu qu’une alliance solide entre le Parti Québécois et le Bloc Québécois sera l’instrument principal de la victoire de l’indépendance. Cette alliance doit se faire à tous les niveaux : à la tête comme sur le terrain. C’est pourquoi j’ai donné l’assurance au chef et aux membres du Bloc Québécois que je travaillerais assidûment au renforcement de cette alliance jusqu’à la victoire finale.
La présence ici, ce matin, de nombreux ministres et députés avec lesquels j’ai eu l’honneur de travailler, rappelle l’énorme contribution du Parti Québécois à l’avènement du Québec moderne. Que ce soit l’assainissement des finances politiques, le renforcement de la vie démocratique, la valorisation de l’Assemblée nationale et du rôle des députés, le développement des régions, le développement des richesses naturelles, la protection de l’environnement et le rayonnement international du Québec, autant de sujets auxquels sont associés les noms de ceux qui sont ici ce matin ou m’ont donné publiquement leur appui.
Ces noms-là nous donnent la nostalgie d’avoir un « vrai gouvernement ». Quel désastre, en effet, de voir le gouvernement actuel gaspiller un tel héritage en essayant de revenir en arrière plutôt que de foncer en avant et de poursuivre la marche entreprise par le Parti Québécois depuis René Lévesque.
En réalité, il suffit de rappeler le nom de René Lévesque pour se remettre à espérer. Personnellement, j’ai eu le grand privilège de travailler étroitement avec M. Lévesque pendant vingt ans. J’ai pu admirer son authenticité, son amour des petits, son aisance avec les grands et sa passion pour le Québec. René Lévesque, c’est mon modèle, c’est mon inspiration et je suis très heureux d’avoir reçu l’appui de deux de ses collaborateurs immédiats, qui sont ici ce matin : Michel Carpentier et Jean-Roch Boivin. Quant à moi, mon seul espoir est de marcher dans les traces de René Lévesque, et de terminer son œuvre.
Je remercie également Rudy Caya et Joëlle Morin qui nous rappellent par leur présence la contribution essentielle des artistes à la ferveur nationale et à l’éveil des jeunes à l’amour du Québec. Nous avons besoin d’eux, nous avons besoin qu’ils continuent à nous inspirer.
Enfin, je veux souligner un appui qui me tient particulièrement à cœur : celui que j’ai reçu de Rémy Kurtness, ancien chef de Mashteuiatsh et, jusqu’à ces derniers jours, négociateur principal pour les Innus de Mamuitun. J’ai, pour les Autochtones, un amour sincère et un profond respect, car si ce n’avait été de l’alliance que les Français ont conclue avec eux au XVIIe siècle, le Québec français n’existerait pas. Je suis convaincu, comme Rémy, que l’indépendance de la nation québécoise et l’autonomie des nations autochtones sont des réalités qui vont de pair, et que l’une n’ira pas sans l’autre.
Grâce aux efforts de René Lévesque, de Pierre-Marc Johnson, de Jacques Parizeau, de Lucien Bouchard et de Bernard Landry et de leurs équipes, le Québec est devenu une société solide, mature, développée, culturellement dynamique et diversifiée. En somme, le Québec est devenu une nation dans tous les sens du mot, sauf au sens politique. Et c’est le pas qu’il nous reste à franchir pour atteindre notre plein épanouissement.
Depuis sa naissance, le Québec a franchi plusieurs étapes. Ce cheminement par étapes était nécessaire. Mais dans tout voyage, il y a une étape finale. Et c’est à cette étape que nous sommes rendus : l’heure du choix décisif va bientôt sonner.
Avec moi, l’indépendance du Québec ne sera pas une aventure, mais une entreprise ordonnée et planifiée à l’avance. Il n’y aura pas de surprises. Cela se fera correctement.
D’abord, la question qui sera posée du Québec sera simple, claire et limpide. Je peux même vous en donner la primeur. Cette question sera la suivante : « Acceptez-vous que le Québec devienne un pays indépendant et souverain? Oui ou Non ». De sorte qu’à l’issue du référendum, il n’y aura aucun doute sur la volonté des Québécois de se donner un pays.
Une fois cette volonté exprimée, je m’engage à y donner suite rapidement, mais en prenant le temps nécessaire pour en préparer soigneusement la mise en œuvre. Cela pourra prendre un an, peut-être un peu plus. Mais, lorsque l’indépendance sera déclarée, tout aura été mis en place pour que la transition se fasse correctement, harmonieusement. Nous conserverons l’union douanière et monétaire qui existe déjà avec le Canada et qui est clairement dans l’intérêt des deux parties, et nous succéderons normalement aux traités internationaux qui lient le Canada.
Le Québec a bien mérité d’accéder à sa pleine maturité politique. Depuis quatre cents ans (c’est trois fois la durée de la Confédération), nos ancêtres ont, à force d’endurance et de ténacité, malgré les obstacles et même les défaites, pierre par pierre et ville par ville, construit une nation dynamique et créatrice, laborieuse et déterminée, solidement française et culturellement diversifiée, qui s’affirme et se fait valoir à travers le monde. Au fond de nos cœurs, nous avons tous ressenti cet espoir d’un Québec maître de son destin, d’un Québec qui nous ressemble, d’un Québec qui nous appartient, d’un Québec souverain et indépendant.
C’est pourquoi, je m’engage à faire l’indépendance du Québec , et à la faire correctement.
(Ce discours a été réécrit à partir les notes du candidat)
APPUI DE NICOLE DEMERS
(Laval, 14 juillet 2005)
Cher Louis,
Après mûre réflexion et suite à la rencontre que nous avons eue, il m’apparaît que tu es le meilleur candidat pour accéder à la chefferie du Parti Québécois.
Tu sais, Louis, je suis de celles qui ont toujours cru que nous atteindrons notre objectif de souveraineté lorsque toutes les Québécoises et tous les Québécois y croiront dans leur cœur et ressentiront le Pays dans leurs tripes.
Cependant, pour faire surgir ces sentiments, ça prend un catalyseur. Ça prend une personne qui puisse rejoindre les gens là où ils sont rendus, et les aider à faire le petit bout de chemin qui reste à faire.
Hier, cet homme s’appelait René Lévesque. Après t’avoir rencontré, après t’avoir entendu, je suis convaincue qu’aujourd’hui, tu es celui qui pourra rallier l’ensemble des Québécois, jeunes et moins jeunes, hommes et femmes, nés ici ou ailleurs, à notre noble cause pour finalement nous mener à cette extraordinaire réalisation de la souveraineté.
Ton intégrité, ta grande simplicité, ton aptitude de vulgarisateur et la vaste étendue de ton savoir et de la culture politique ne sont que quelques-uns des atouts que tu possèdes pour gagner cette course. Mais je crois que tes atouts les plus importants sont la passion et la fougue qui t’animent quand tu parles du PAYS.
C’est donc avec un grand plaisir et beaucoup d’enthousiasme que je t’offre mon appui.
À très bientôt,
Nicole Demers, députée de Laval.
FAIRE L'INDÉPENDANCE CORRECTEMENT
(Montréal, 11 juillet 2005)
Après une évolution commencée il y a quatre cents ans, la société québécoise d’aujourd’hui constitue, au sens sociologique du terme, une nation. Elle est également une nation au sens politique du terme, mais pas entièrement.
Le Québec n’a jamais choisi lui-même son statut politique. Bien qu’il l’ait acceptée en pratique, le peuple du Québec n’a jamais approuvé formellement la Confédération canadienne; au contraire, l’Assemblée nationale s’est expressément opposée à la constitution canadienne telle qu’elle existe depuis son « rapatriement » en 1982.
Malgré les difficultés, le Québec a su tirer le meilleur parti possible de sa situation constitutionnelle. Mais, même s’il n’a jamais négligé d’exercer le plus d’influence possible au niveau fédéral, c’est d’abord et avant tout sur son propre gouvernement que le Québec s’est toujours appuyé pour assurer son développement.
Grâce à cette évolution constante, la nation québécoise a atteint un haut niveau de développement dans tous les secteurs. Pour continuer son progrès et aller au bout de ses possibilités, elle a maintenant besoin de compléter son évolution politique en se donnant le statut constitutionnel d’une nation indépendante et souveraine. Ce n’est qu’en récupérant tous ses pouvoirs et toutes ses ressources que le Québec pourra construire la nation prospère et solidaire qui répondra à ses aspirations et qu’il pourra s’ouvrir sur la scène internationale en devenant membre de la famille des nations.
Dans une décision rendue en 1998, la Cour suprême du Canada a reconnu que le peuple du Québec avait le droit d’exprimer, par référendum, sa volonté de quitter la confédération canadienne et de devenir un pays indépendant et souverain, et que, à la suite d’une telle décision, le Canada aurait l’obligation constitutionnelle de négocier de bonne foi avec le Québec des suites à donner à cette volonté.
Mon expérience des relations entre le Québec et le Canada me permet d’affirmer que cette accession du Québec à sa pleine maturité politique peut s’accomplir correctement. Pour cela, j’appellerai d’abord les Québécois à répondre affirmativement à une question exprimant clairement leur volonté de former un pays indépendant et souverain. Ensuite, je m’engage à donner suite à cette volonté de façon ordonnée, en préparant avec soin sa mise en œuvre afin que celle-ci se fasse dans l’ordre en fonction d’un échéancier planifié à l’avance.
Le maintien d’une union douanière et monétaire entre le Québec et le Canada est indiscutablement dans l’intérêt des deux parties, notamment parce que le Québec est situé entre les Maritimes et l’Ontario, parce que les Québécois détiennent plus de 20 % de la monnaie canadienne et parce qu’une grande partie des échanges commerciaux actuels se font entre le Québec et le Canada. Lorsqu’elle sera déclarée, l’indépendance du Québec ne perturbera donc pas la libre circulation des personnes, des biens et des capitaux, ni la stabilité de la monnaie. Car on aura pris le temps de bien la préparer.
J'APPUIE LOUIS BERNARD
Par Camil Bouchard, député de Vachon et porte-parole de l’opposition officielle en matière d’Emploi, de Solidarité sociale et de Famille.
(Saint-Hubert, 5 juillet 2005) L’inéquité et l’inefficacité du fédéralisme canadien se manifestent quasi quotidiennement. Ce système apparaît désormais dans tout son dysfonctionnement. La majorité des Québécois se dit à juste titre qu’il est désormais temps de rompre ce contrat bizarre, malséant et qui prend parfois des allures d’immoralité. Nous nous sentons d’autant plus à même de faire ce p